Du cochon égyptien et de la visite d’un Pape à une minorité qui n’existe pas
Riche actualité pour nous autres chrétiens d’Orient en ce moment.
Faudrait-il se plaindre que l’on parle enfin un peu de nous dans les médias ? Médias qui bien souvent oublient la présence de 15 millions de chrétiens dans le Proche-Orient arabe et préfèrent consacrer des heures de reportage aux nouveaux convertis évangélistes algériens (cet engouement pour les sectes néo protestantes du Maghreb est étonnant, nos liturgies millénaires feraient-elles trop poussiéreuses à côté ?).
Non, il ne faut pas s’en plaindre, en revanche, on peut regretter que cette actualité soit si tristement négative et qu’elle confirme le long déclin de la chrétienté d’Orient. On peut regretter aussi, et on va le voir, la pauvreté du traitement, son caractère incomplet et l’ignorance qui la caractérisent.
Il y a tout d’abord l’affaire du cochon égyptien, ou ce que l’on pourrait appeler la grippe porcine à « la sauce égyptienne ».

La réaction première de beaucoup d’Occidentaux a été « ah bon ? Il y a des porcs en Egypte ? ». En effet, l’Occidental, même ignorant, sait que le musulman ne mange pas de porc. L’Occidental de base sait que l’Egypte est musulmane et ignore très souvent l’existence de millions de chrétiens (Coptes et Coptes catholiques, mais aussi en nombre aujourd’hui infime, Grecs-orthodoxes, Grecs-catholiques, Arméniens, Maronites et Syriaques). Cette ignorance explique donc l’étonnement : pourquoi élève-t-on des porcs en Egypte ? La réponse est : pour le marché chrétien. Qui élève des porcs ? Les chrétiens. Qui les mange ? Les chrétiens.
Le porc est un animal jugé impur dans la religion musulmane , le Coran interdit effectivement la consommation du porc dans au moins 4 versets différents (2:173, 5:3, 6:145 et 16:115)
Quelle joie de voir quelques furtives images du stade rempli de 25 000 chrétiens, des Jordaniens, des Libanais, des Syriens… acclamant le Pape à Amman. Quel dommage, cependant que les images soient plus orientées sur la personne du Pape, et elle seule, et beaucoup moins sur la foule ou même sur les prélats orientaux présents à ces côtés pour célébrer la messe. Ainsi, il m’a fallu beaucoup d’attention pour deviner (sans aucun commentaire du journaliste) la présence de mon patriarche melkite, SB Gregorios III, ou du patriarche maronite, SB Nasrallah Sfeir à côté du Pape, et qui à eux deux représentent près de 3 millions de catholiques orientaux. Ne peut-on pas penser qu’ils auraient mérité qu’on les cite ou qu’on en dise quelques mots ? N’était ce pas l’occasion d’expliquer au profane un peu de cette chrétienté des origines ? En outre, pourquoi les journalistes n’ont-ils pas interrogé des gens dans la foule ? Ils avaient enfin directement sous la main des Libanais, des Jordaniens, des Syriens, tous catholiques. Ces minorités sont-elles si peu visibles qu’elles en seraient devenues invisibles!
Des Arabes chrétiens ? Pensez-vous, c’est un oxymore ! Les Arabes sont musulmans. Et ils ne mangent pas de porc, c’est bien connu, et cochon qui s'en dédit.
Faudrait-il se plaindre que l’on parle enfin un peu de nous dans les médias ? Médias qui bien souvent oublient la présence de 15 millions de chrétiens dans le Proche-Orient arabe et préfèrent consacrer des heures de reportage aux nouveaux convertis évangélistes algériens (cet engouement pour les sectes néo protestantes du Maghreb est étonnant, nos liturgies millénaires feraient-elles trop poussiéreuses à côté ?).
Non, il ne faut pas s’en plaindre, en revanche, on peut regretter que cette actualité soit si tristement négative et qu’elle confirme le long déclin de la chrétienté d’Orient. On peut regretter aussi, et on va le voir, la pauvreté du traitement, son caractère incomplet et l’ignorance qui la caractérisent.
Il y a tout d’abord l’affaire du cochon égyptien, ou ce que l’on pourrait appeler la grippe porcine à « la sauce égyptienne ».

Drôle d’histoire, s’il en est. En pleine hystérie médiatique autour de cette grippe qui a été nommée trois fois (porcine, mexicaine puis Grippe A H1N1), voilà que l’on apprend que l’Egypte a décidé soudainement l’abattage de centaines de milliers de porcs dans tout le pays. Décision soudaine ? On pourrait le croire. Décision sanitaire d’urgence ? C’est ce que prétendent les autorités égyptiennes. Pourtant, il est avéré officiellement que le virus H1N1 ne se transmet plus de l’animal à l’homme, mais qu’il a muté et qu’il se transmet bien d’homme à homme. Il est donc totalement inutile de tuer tous ces porcs. Inutile ? Pas tant que ça, mais pas pour les mêmes raisons, on va le voir.
La réaction première de beaucoup d’Occidentaux a été « ah bon ? Il y a des porcs en Egypte ? ». En effet, l’Occidental, même ignorant, sait que le musulman ne mange pas de porc. L’Occidental de base sait que l’Egypte est musulmane et ignore très souvent l’existence de millions de chrétiens (Coptes et Coptes catholiques, mais aussi en nombre aujourd’hui infime, Grecs-orthodoxes, Grecs-catholiques, Arméniens, Maronites et Syriaques). Cette ignorance explique donc l’étonnement : pourquoi élève-t-on des porcs en Egypte ? La réponse est : pour le marché chrétien. Qui élève des porcs ? Les chrétiens. Qui les mange ? Les chrétiens.
Le porc est un animal jugé impur dans la religion musulmane , le Coran interdit effectivement la consommation du porc dans au moins 4 versets différents (2:173, 5:3, 6:145 et 16:115)
"Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui d'Allah..." [Le Coran, 5:3]
En Egypte, pays en pleine islamisation des mœurs et dans une société de plus en plus caractérisée par sa pudibonderie et son intolérance religieuse, beaucoup de musulmans sont gênés par la présence de cet animal impur sur la terre d’Egypte, qu’ils voient comme une terre islamique. Je ne parle même pas des plus extrémistes qui eux trouvent cette « présence porcine » proprement scandaleuse au regard de la religion. On peut même penser qu’ils trouvent la présence de chrétiens sur leur sol tout aussi scandaleuse.
Depuis des années, les autorités égyptiennes n’ont de cesse de céder du terrain aux Islamistes de tout bord au détriment de la liberté des Egyptiens et plus particulièrement des chrétiens. Faut-il rappeler que des postes voire des métiers entiers (comme professeur d’arabe, par exemple) sont interdits aux Coptes et autres chrétiens, que la police ferme les yeux sur nombre d’exactions et de violences antichrétiennes, que faire construire une église ou même la rénover relève du parcours du combattant ?
La décision de tuer tous les porcs frappe de plein fouet l’économie chrétienne, car beaucoup de Coptes se sont spécialisés dans l’élevage porcin, à petite ou à grande échelle, et les indemnités promises par l’Etat égyptien sont loin d’être à la hauteur des pertes pour les éleveurs.
La semaine dernière on a assisté à la répression violente de manifestations d’éleveurs de porcs en colère par la police.
Cette mesure est clairement une mesure discriminatoire visant la communauté chrétienne d’Egypte, mesure qui ne veut pas dire son nom et qui se cache derrière des prétextes « sanitaires » (quand on connaît l’Egypte actuelle et le soin donné à l’hygiène publique on peut en rire). Elle a été reçue comme telle par les Coptes dont l’impuissance est à la hauteur de l’indifférence voire du soutien apporté à cette décision par leurs compatriotes musulmans. Ceux-ci, il faut bien le dire ne montre aucune empathie, aucune sympathie pour les chrétiens, jour après jour un mur s’élève entre les deux communautés.
La semaine dernière on a assisté à la répression violente de manifestations d’éleveurs de porcs en colère par la police.
Cette mesure est clairement une mesure discriminatoire visant la communauté chrétienne d’Egypte, mesure qui ne veut pas dire son nom et qui se cache derrière des prétextes « sanitaires » (quand on connaît l’Egypte actuelle et le soin donné à l’hygiène publique on peut en rire). Elle a été reçue comme telle par les Coptes dont l’impuissance est à la hauteur de l’indifférence voire du soutien apporté à cette décision par leurs compatriotes musulmans. Ceux-ci, il faut bien le dire ne montre aucune empathie, aucune sympathie pour les chrétiens, jour après jour un mur s’élève entre les deux communautés.
On assiste d’ailleurs à des commentaires dans la presse mais aussi sur les blogs de citoyens égyptiens en faveur de cette mesure, certains mêmes clament « Kill them all !/Tuer les tous !». On peut se demander s’ils parlent encore des porcs ou si leur enthousiasme ne s’étendrait pas aux chrétiens eux-mêmes.
Voici le lien vers l’un de ces blogs,
http://egyptianchronicles.blogspot.com/2009/04/kill-them-all.html
Il s’agit d’une jeune égyptienne (musulmane) dont le pseudo est Zeinobia, et qui se dit « moderne » et ouverte. On le voit, en Egypte, la modernité et l’ouverture restent des valeurs très subjectives.
L’autre sujet qui fait parler - un peu- des chrétiens d’Orient dans nos chers médias, c’est bien sûr la visite du St Père, le Pape Benoît XVI, en Jordanie et en Israël/Palestine.
Voici le lien vers l’un de ces blogs,
http://egyptianchronicles.blogspot.com/2009/04/kill-them-all.html
Il s’agit d’une jeune égyptienne (musulmane) dont le pseudo est Zeinobia, et qui se dit « moderne » et ouverte. On le voit, en Egypte, la modernité et l’ouverture restent des valeurs très subjectives.
L’autre sujet qui fait parler - un peu- des chrétiens d’Orient dans nos chers médias, c’est bien sûr la visite du St Père, le Pape Benoît XVI, en Jordanie et en Israël/Palestine.
Quelle joie de voir quelques furtives images du stade rempli de 25 000 chrétiens, des Jordaniens, des Libanais, des Syriens… acclamant le Pape à Amman. Quel dommage, cependant que les images soient plus orientées sur la personne du Pape, et elle seule, et beaucoup moins sur la foule ou même sur les prélats orientaux présents à ces côtés pour célébrer la messe. Ainsi, il m’a fallu beaucoup d’attention pour deviner (sans aucun commentaire du journaliste) la présence de mon patriarche melkite, SB Gregorios III, ou du patriarche maronite, SB Nasrallah Sfeir à côté du Pape, et qui à eux deux représentent près de 3 millions de catholiques orientaux. Ne peut-on pas penser qu’ils auraient mérité qu’on les cite ou qu’on en dise quelques mots ? N’était ce pas l’occasion d’expliquer au profane un peu de cette chrétienté des origines ? En outre, pourquoi les journalistes n’ont-ils pas interrogé des gens dans la foule ? Ils avaient enfin directement sous la main des Libanais, des Jordaniens, des Syriens, tous catholiques. Ces minorités sont-elles si peu visibles qu’elles en seraient devenues invisibles!En fait, je me demande de manière plus générale pourquoi lorsqu’on évoque, brièvement, les chrétiens de Terre Sainte, on nous montre le plus souvent des religieuses (souvent françaises ou italiennes) ou des prêtres latins ! Mais où sont les gens, les vrais, les « autochtones » ??? Cette absence dans les images a pu être constatée lors du journal de France 2 ce week-end. On a vu certes le Pape ! Mais à qui s’adressait-il ? Mystère. Le Pape parlait-il tout seul ? S’adressait-il à des touristes de passage en Jordanie ou en Terre Sainte ?
Non, il est venu pour justement s’adresser aux chrétiens d’Orient en particulier.
Pourquoi donc continue-t-on envers et contre tout à les ignorer ?
Pourquoi donc continue-t-on envers et contre tout à les ignorer ?
N’avez-vous jamais remarqué qu’à la messe de Noël à Bethléem, sur les images on voit bien souvent plus de touristes américains, polonais ou italiens que de chrétiens Palestiniens ?Pourtant, ils existent ces chrétiens de Terre Sainte : à Beit Jala, à Bethléem, à Nazareth, villes chrétiennes, et bien sûr à Jérusalem, certes de moins en moins, pris entre l’enclume israélienne (Israël les considère comme des terroristes potentiels) et le marteau musulman (pression des extrémistes du Hamas, humiliations et vexations diverses quand cela ne va pas jusqu’à l’intimidation), mais ils existent toujours, par dizaine de milliers, 60 000 dans les Territoires Palestiniens, 150 000 en Israël). Et ils encore plus nombreux à Bethléem que les milliers de touristes en visite ! Pourquoi ne les voit-on jamais sur les écrans?
Ces chrétiens attendaient avec grand espoir la visite de leur Pape. C’était LEUR visite. Enfin, leur tour était venu, eux qui vivent leur foi dans l’angoisse du lendemain et se sentent bien seuls. Eh bien, cette rencontre du Pape avec ses fidèles est passée au second plan derrière les courbettes aux dignitaires de l’Islam et autres salamaleks à répétition, après le discours larmoyant à Yad Vashem (dont le Grand Rabbin Israel Meir Lau a dit qu’il « manquait d’émotionnel »). On dirait qu’en Terre Sainte le Pape est venu d’abord visiter les Musulmans et les Juifs, marchant sur des œufs et craignant le moindre faux pas, avant de visiter ses propres ouailles.
Il paraîtrait que parler des chrétiens d’Orient ferait « un peu catho intégriste », ce sont des propos que j’ai entendu sur iTélé. Cela me laisse perplexe. L’Occident a-t-il à ce point perdu son intérêt pour ses racines chrétiennes, que parler des chrétiens d’Orient viendrait à tenir des discours de « catho intégristes » ?
Vous souvenez-vous comment la presse parlait des « milices chrétiennes » pendant la guerre du Liban dans les années 80 ? Des fascistes, des forces réactionnaires, forcément puisque chrétiens… alors qu’en face, on avait des palestino-progressistes…
Un journaliste sur Europe 1, Pierre-Marie Christin, a fait une analyse intéressante lundi matin. Il a dit que finalement à une époque où on aime bien mettre les gens dans des cases bien définies, ces chrétiens d’Orient dérangent car ils ne correspondent pas à l’image que l’on se fait des Arabes en Occident.
Vous souvenez-vous comment la presse parlait des « milices chrétiennes » pendant la guerre du Liban dans les années 80 ? Des fascistes, des forces réactionnaires, forcément puisque chrétiens… alors qu’en face, on avait des palestino-progressistes…
Un journaliste sur Europe 1, Pierre-Marie Christin, a fait une analyse intéressante lundi matin. Il a dit que finalement à une époque où on aime bien mettre les gens dans des cases bien définies, ces chrétiens d’Orient dérangent car ils ne correspondent pas à l’image que l’on se fait des Arabes en Occident.
Des Arabes chrétiens ? Pensez-vous, c’est un oxymore ! Les Arabes sont musulmans. Et ils ne mangent pas de porc, c’est bien connu, et cochon qui s'en dédit.
