16 mars 2008

Les assassins de Mossoul

Le 29 février dernier, Mgr Paulos Faraj Rahbo, archevêque chaldéen de Mossoul, a été enlevé par des hommes armés alors qu'il sortait d'une église de la ville. Ses gardes du corps et son chauffeur ont été tués dans l'opération.

Les motifs de cet enlèvement restaient obscurs de même que l'identité des ravisseurs mais dans une région de l'Irak noyautée par Al Qaida le doute était difficilement permis.

Le 13 mars, le corps de Mgr Rahbo a été retrouvé.
"Nous avons retrouvé son corps près de Mossoul. Les ravisseurs l'avaient enterré" a déclaré Mgr Wardouni, l'archevêque auxiliaire de Bagdad.

Cet acte immonde et barbare, ce meurtre d'un prélat, représentant de l'église chaldéenne (voir l'article les lions de Babylone), est un coup de plus porté à la petite communauté chrétienne d'Irak qui fond comme neige au soleil sous les attaques des islamistes.
Pris en tenaille entre les Chiites avides de pouvoir, imposant le port du voile aux chrétiennes et attaquant les magasins des chrétiens, et les Sunnites fanatisés, complices d'Al Qaida, parfois organisés en bandes de voleurs et de rançonneurs, l'avenir des chrétiens d'Irak (l'église chaldéenne est l'une des première du monde, héritière de Babylone) est plus que jamais compromis.
Depuis la seconde guerre d'Irak, les départs se multiplient, l'exil devient la seule solution pour ceux qui en ont encore les moyens.

Mais cet acte odieux dépasse les limites. Comment nous chrétiens, pouvons-nous tolérer un tel crime?
Que dire de la réaction du Vatican?
Lors de l'enlèvement, le Saint Père avait qualifié cet acte de "méprisable"...
A l'annonce du meurtre de Mgr Rahbo, le Vatican s'est dit "touché et profondément attristé" par le "tragique événement". (Le Monde, le 13.03.08).
Faut-il rappeler que les Chaldéens sont catholiques et que le Vatican est donc l'autorité religieuse suprême de la communauté assyro-chaldéenne d'Irak?
La faiblesse de la réaction des catholiques contraste avec le "soulèvement" hystérique des masses mahométanes lors de l'affaire des devenues célèbres caricatures de Mahommed, qu'aucun parmi les protestataires n'avait vues.
Mais il est vrai que l'assassinat d'un homme d'église de première importance ne vaut rien comparé à quelques dessins osant mettre en scène le saint Prophète de l'Islam.
Rappelez-vous. Consulats incendiés, vitupérations, violences, menaces de mort, haine, colère, éructations, fulminations, le visage haineux de l'Islam "moderne" était alors apparu au grand jour.
Intolérance, obscurantisme et rejet de l'occident, voilà les valeurs prêchées par les nouveaux docteurs de la foi.
Mais aussi et surtout, haine de la différence, haine des chrétiens orientaux, les communautés les plus anciennes du Proche-Orient, sous prétexte qu'ils seraient les alliés des "croisés", des envahisseurs américains, britanniques ou autres. Alors que ces chrétiens sont les premiers amoureux de leur terre ancestrale.
Sans défense, abandonnés de tous, les chrétiens orientaux sont bien sûr des proies faciles, des victimes toutes désignées pour les "fous d'Allah".

Le meurtre de Mgr Rahbo n'a pas été vraiment relayé par les médias français, tout occupés à s'extasier sur le cargo échoué aux Sables d'Olonne... En tout cas, on ne lui a pas donné d'importance (un meurtre de plus en Irak).
L'occident ne voit rien ou pire, affiche une indifférence méprisante pour ces chrétiens qui souffrent et disparaissent, préférant se demander si les musulmans d'Europe sont bien traités et s'ils ont assez de mosquées.

Pourtant le message des assassins de Mossoul est clair: nul chrétien ne doit rester en terre d'Islam.
A nous de recevoir ce message, à nous d'en saisir la portée et de décider si c'est le monde dont nous voulons demain.