Vu à la télé
Exilé pour le travail en Algérie à Bejaia Bref, frustré, un soir d’hôtel j’ouvre la télé, fenêtre magique équipée du sacro saint « dish » qui me donne une vue plongeante sur les programmes divers et variés du monde arabe… aaah le monde arabe enfin, le vrai …
Un coup de télécommande plus loin, et me voilà sur une autre chaîne égyptienne du câble… Strike TV, deux filles, deux Egyptiennes là aussi mais maquillées et habillées comme deux Ukrainiennes travaillant un soir d’été sur
Mais très vite me voilà sur Dubaï TV dans une adaptation égyptienne de la série Urgence… les femmes sont jolies et elles ont les cheveux au vent, elles sont minces et médecins… elles flirtent avec leurs beaux collègues qui les invitent à boire un verre… voilà une représentation très fidèle de la réalité égyptienne d’aujourd’hui… le générique de fin est interminable comme d’habitude.
Je passe sur les chaines libanaises… me voilà sur El Jarass, Shadi, un gentil minet aux cheveux gominés lit à haute voix les sms des télespectateurs/trices qui défilent sur le « chééchéé » à toute vitesse. Il lance la dernière chanson de Waël Kfouri (prononcer Kfoooouriiii avec un effet nasal), qui chante une « ode à l’armée libanaise ». Mais quelle armée ?
Puis j’atterris sur la chaîne nationale syrienne, El souriyya… juste pour les informations. Je regarde 10mn un hommage à « l’armée syrienne toujours victorieuse » ( ah bon??), avalanche d’images de soldats brandissant le portrait de Bachar le bien aimé, qui sautille au gré des vivas de soldats, qui ressemblent davantage à des paysans mal dégrossis qu’à des troupes d’élite…j’essaie de tenir… j’essaie encore, finalement je craque au 4e passage en revue de la glorieuse armée syrienne (« el jeysh el 3arabi el souri »), même si une pensée émue pour la patrie de mes ancêtres m’habite.
Les chaînes musicales cablées sont légions chez les Arabes, les chanteuses libanaises à la mode sont chrétiennes et portent des noms de salons de coiffure (Sandra, Elissa, Lara, Diana… pour bien prononcer, garder l’effet nasal), elles ont toutes le même nez à 5000 dollars, les cheveux lourds et brillants qu’elles agitent à la « L’Oréal parce que je le vaux bien », elles portent des robes à strass qui ne recouvrent même pas 20% de leur corps et jettent des regards enamourés à des bellâtres ténébreux, à la chemise ouverte sur leur torse viril, qui descendent de bolides rouges à 100 000 dollars.
Les chanteurs égyptiens, même ventripotents, séduisent des gazelles niliotes à la taille mannequin qui se dérobent, uniquement pour la forme, en des déhanchements sensuels, le tout dans des explosions de fontaines à paillettes et entourés de danseurs de hip hop dignes des meilleurs clips américains. Les chanteuses cairotes ont les yeux verts et la bouche glossifiée (L’Oréal parce que…), elles susurrent des mots doux en ondulant de manière lascive sur des draps de satin.
Dans les clips de la chaîne musicale « 3ouyoun », les Arabes sont des fiers guerriers magnifiquement vêtus de soie et d’or, les femmes sont des princesses aux traits fins qui portent des voiles légers sur leur chevelure ébène et tendent leurs mains blanches, comme une douce invitation à l’amour.
Où sont donc passés les sinistres barbus et les fantômes noirs voilés aux mains gantées qui hantent maintenant les rues du Caire, de Koweit City, de Bagdad, de Gaza, de Tripoli ou de Damas ?
Jamais la télé n’aura été si loin de la réalité quotidienne des Arabes.
Mais finalement n’est-ce pas cela la télé arabe, une porte ouverte sur l’imagination de chacun, doux rêve d’une réalité sublimée, qui n’est pas, qui n’est plus, qui ne sera jamais ?

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