23 août 2006

Les gardiens du cèdre - Hommage aux Maronites

Un soir d'été, fin juillet, je cherchais un taxi pour rentrer, je commençais à me dire qu'à Paris même en plein été il était difficile d'en trouver...Et puis il est arrivé, mon taxi providentiel. Quelques mots échangés, un commentaire sur le manque de taxis et une explication avancée par le chauffeur, les vacances... Et là un doute, ce léger accent, cette physionomie, même si elle était difficilement observacle dans la pénombre: mon chauffeur ne serait-il pas libanais? Je lui posai une question, logique dans la conversation, mais dont j'étais sûr qu'elle m'apporterait une réponse riche de renseignements: "Et vous? Vous ne partez pas en vacances?", là le chauffeur répondit: "si, j'aimerais bien, mais je ne suis pas sûr de pouvoir... je suis libanais, vous comprenez?".
Si je comprenais? Bien sûr que je comprenais! Nous étions alors en pleine agression israélienne contre le Liban. Les images terribles se succédaient à la télévision: ponts, autoroutes, port, aéroport, quartiers, villages subissaient les bombardement de la puissante et implacable Tsahal.
Je me lançai, en arabe, et nous commençâmes une conversation chaleureuse et agréable qui dura tout le trajet. Au début, il me fallut néanmoins sonder mon interlocuteur: parler à un Proche-Oriental nécessite toujours de savoir qui il est: c'est-à-dire à quelle communauté il appartient. Et oui, nous orientaux, n'avons pas totalement dépassé ces "clivages" creusés par les siècles et les persécutions des uns par les autres, comprenez des chrétiens par les musulmans. Alors, mon interlocuteur, mon chauffeur, était-il chrétien ou musulman? j'avais le sentiment qu'il avait reçu l'eau du baptême, mais il me fallait m'en assurer par quelques questions: d'où venait-il, où habitait sa famille... le nom connu d'Ashrafiyyé, quartier résidentiel chrétien de Beyrouth, fut prononcé, le doute n'était plus permis: "enta maroni?"/"tu es maronite?", lui lançais-je alors, il confirma par un sourire. Je pouvais donc fustiger tranquillement le Hezbollah, sa morgue irresponsable, son chef barbu étiqueté "saint" par les foules musulmanes en délire, ses diatribes insupportables, son turban entêté; mon chauffeur partageait mes vues, nous étions du même univers.
Car il existe 17 communautés religieuses officielles au Liban, dont 6 jouent véritablement un rôle politique et économique.
- Les musulmans se répartissent en 3 groupes: les Sunnites, les Chiites, les Druzes.
- Les chrétiens sont répartis en de multiples communautés: les plus nombreux sont les Maronites, viennent ensuite les Grecs-Orthodoxes puis les Melkites Grecs-catholiques.
Moins nombreux sont les Arméniens (catholiques et orthodoxes), les Syriaques (catholiques et orthodoxes), les Nestoriens, les Latins, les Protestants, plus récemment les Coptes... Du côté des musulmans, les Alaouites ont fait depuis peu leur entrée, originaires de Syrie, ils forment la communauté dont est issu le clan El Assad, actuellement au pouvoir à Damas. Historiquement très défavorisés, inutile de préciser qu'ils ont été promus au rang de communauté officielle du Liban du temps de l'occupation syrienne.
Que de communautés chrétiennes, que de richesse!... Alors pourquoi ai-je lancé directement "tu es maronite?". J'aurais pu me tromper! Mais les Maronites sont de loin les plus nombreux parmi les chrétiens... ils sont aussi ceux qui sont le plus représentés dans toutes les couches sociales de la société libanaise, alors que les Grecs-orthodoxes et les Melkites Grecs-catholiques, les deux autres grandes communautés chrétiennes, sont plutôt présents dans la bourgeoisie urbaine et marchande.
Qui sont donc ces Maronites, dont on vante souvent la fierté, l'attachement viscérale à la terre du Liban et à ses montagnes? Se sont à l'origine des chrétiens d'Antioche, première ville chrétienne, disciples d'un mystique, d'un saint dont ils adoptèrent le mode de vie, Saint Maron/Mar Maroun qui vécut au 4e siècle en Syrie. Persécutés par les Byzantins, les premiers Maronites s'enfuirent vers les montagnes du Mont-Liban et y convertirent les populations vers le 6e siècle. Depuis, les Maronites sont restés profondément ancrés dans ce Mont-Liban qui représente le coeur de leur communauté. Ils sont comme ces cèdres, arbres sacrés dont les Pharaons et les rois assyriens payaient cher le bois pour la construction de leurs temples de mille ans: inébranlables, comme ancrés à la montagne.
Par la suite, la communauté maronite a vu ses membres s'installer dans pratiquement toutes les régions du Liban; à noter également qu'il existe toujours des Maronites en Syrie.
Les Maronites furent, avec les Melkites Grecs-catholiques et les Arméniens, les chrétiens d'Orient les plus en contact avec l'Occident, et cela dès le temps des croisades. Tôt détachés de la tutelle byzantine (comme les Coptes ou les Syriaques), ils sont les premiers chrétiens orientaux à avoir reconnu l'autorité de Rome et donc de l'Eglise Catholique. Les Melkites ont suivi en 1724, et ce n'est que dans le courant du 19e siècle qu'une partie des Coptes, des Syriaques ou des Chaldéens se sont aussi rattachés à Rome, formant les églises catholiques de rite oriental, dont les patriarches étaient tous présents lors des obsèques du Pape Jean-Paul II.
Tout au long de leur histoire, les Maronites durent se battre, retranchés dans leurs montagnes, ils firent face avec courage aux persécutions de Byzance, puis des Arabes, des Mamelouks, des Ottomans, des Druzes, autres montagnards... Farouches guerriers, ils furent les seuls chrétiens à disposer d'armées équipées et craintes, et à posséder un réel pouvoir politique du temps de la Sublime Porte par la voix de leurs émirs, les Chéhab ou les Maan, comme le valeureux Fakhreddine ou Béchir le Grand.
L'ouverture sur l'Occident permit à cette communauté d'acquérir du savoir, de maîtriser des langues étrangères, le Français devint la deuxième langue de beaucoup d'entre eux. En plus de leur vieille aristocratie féodale, les Maronites donnèrent naissance à une bourgeoisie éclairée, cultivée et active dans les domaines culturel, commercial. Le poète Khalil Gebran est un exemple brillant de la sensibilité littéraire de cette communauté, qui participa aussi à la "Nahda", la renaissance des lettres arabes au début du 20e siècle.
Lorsque la création concrète du Liban fut décidée à la chute de l'empire Ottoman en 1919, ils jouèrent un rôle de premier plan dans la mise en place du nouvel état.
En 1943, lorsque le Liban, jusqu'alors sous mandat français, devint véritablement indépendant, le pacte national non écrit entre les communautés décida que le président de la république libanaise devait être un Maronite. Il l'est jusqu'à nos jours, même si les Accords de Taëf, qui mirent fin à la guerre qui dévasta le pays de 1975 à 1989, réduisirent considérablement ses pouvoirs au profit du premier ministre, lui toujours Sunnite suivant le pacte de 1943.
Il serait fastidieux de recenser tous les hommes issus de cette communauté qui jouèrent un rôle dans la vie politique du Liban moderne, mais on peut citer quelques grandes et vieilles familles qui ont toutes montré cette attachement profond et sincère à leur patrie: les Chamoun, les Gemayel, les Hélou, les Frangié, les Eddé, les Chéhab, les Issa El Khoury, les Hanna El Daher et tant d'autres...
Mon propre professeur d'arabe est une Maronite, issue d'une de ces grandes familles, une dame cultivée toute en distinction. Par elle j'ai appris à connaître le Liban, une certaine vision de ce pays fascinant. J'ai découvert aussi toutes les qualités, la fierté, le courage de cette communauté si particulière, parfois rude, mais si sincèrement, si viscéralement attachée aux valeurs qui ont fait le Liban, et pourquoi ne pas le dire, si impliquée dans la défense du Liban chrétien! Car la chrétienté, qu'on le veuille ou non, est profondément ancrée dans la mémoire, dans l'identité libanaise. Ceux qui ont voulu détruire cette chrétienté, ont voulu détruire le Liban, son concept, son message de paix et d'espoir dans un Proche-Orient en proie au fanatisme musulman et à l'intolérance religieuse.
Les chrétiens du Liban ont été les grands perdants de la guerre de 1975-1989, manipulés par les Syriens, les Israéliens, ils ont perdu leur pouvoir, eux qui étaient les seuls chrétiens d'Orient à pouvoir dire la tête haute qu'ils étaient maîtres de leur destin. Les Maronites ont ressenti cette chute plus que tous les autres, parce qu'ils étaient les plus puissants: ils ont vu leurs hommes politiques assassinés, emprisonnés. Les milices chrétiennes ont toutes été désarmées, à l'inverse du Hezbollah, et leurs chefs jetés en prison sans procès. Samir Geagea vient à peine de sortir de prison, seul chef de guerre à avoir été emprisonné, parce qu'opposé aux Syriens et donc au régime en place. L'Occident lui-même n'a pas été tendre avec ces milices chrétiennes (les kataëb ou les Forces Libanaises) les qualifiant bien souvent de milices fascistes et conservatrices. N'a-t-on pas entendu des esprits bien pensants en France dénoncer la main mise des chrétiens sur les organes du pouvoir et sur l'économie et plaindre les "pauvres musulmans" exploités et mis de côté? Non, nul soutien n'est venu de l'Occident "laïc", juste un regard condescendant et suspicieux, vis à vis de ces chrétiens qui clamaient trop fort leur foi et leur désir de la garder sur leur terre.
Aujourd'hui, la communauté la plus nombreuse au Liban est la communauté chiite. Les récents événements l'ont rappelé. Le Hezbollah fondé en 1982 qui fait suite au "Mouvement des déshérités" de Moussa Sadr, et dont le projet initial était de fonder une république islamique chiite au Liban, s'arroge le droit de défendre un pays qui ne le reconnaît pas totalement. Il est "le bras armé du Liban", alors que l'armée libanaise n'est plus. Dans le Liban d'aujourd'hui, la résistance est qualifiée d'islamique et Dieu semble avoir besoin d'un "Parti" (musulman) pour le représenter...

Pourtant, les montagnes sont toujours là, symboles d'un Liban éternel, leurs cimes immaculées lui donné son nom "Loubnan", cité dans la Bible des dizaines de fois. Je suis sûr que les Maronites resteront eux aussi sur leur terre et qu'ils continueront d'être ce qu'ils ont toujours été: les gardiens du cèdre.

21 août 2006

Les carnets de bal de Garden City

Un soir, je rangeais quelques papiers et je suis tombé sur une page de "l'Orient Le Jour". Je l'avais imprimée, il y a presque un an, du site internet de ce journal libanais francophone. Un faire-part de condoléances, sur le papier des noms: Sednaoui, Toutounji, Zananiri... ces patronymes chantants du Levant ont comme un parfum de jasmin, le jasmin d'Egypte et plus particulièrement celui de Garden City au Caire.
Ce fut alors tout l'esprit de cet ancien quartier chic, de style Belle époque et art Déco, qui renaîssait devant moi: ses villas élégantes, ses beys, ses pachas portant smoking et tarbouche, les dames en robe du soir descendant des Dodge, Delage rutilantes... les sofraguis en livrée servant le champagne dans le cristal de Bohème.
Cette Egypte mondaine et élégante, je ne l'ai bien sûr pas connue, elle est celle vécue par mes grands-parents, mais elle est mienne aussi, car tant de fois évoquée devant moi et imaginée, elle est mienne par le rêve.
Les bals du Caire, les grandes réceptions alexandrines étaient les plus courus d'orient, dans ces années dorées de la première moitié du XXe siècle, quand la bonne société syrienne d'Egypte brillait au bord du Nil.
Quelle était cette société si particulière? Des Syriens, des Libanais, oui mais tous chrétiens et essentiellement issus de la communauté melkite grecque-catholique. Venus de Damas, d'Alep, de Homs ou encore de Beyrouth, Saida ou Zahlé (le Liban était alors inclu dans la dénomination "Syrie") après les terribles massacres de 1840 et de 1860. Ces Syro-Libanais, appelés "Chawam" par les Egyptiens, étaient souvent issus de vieilles familles bourgeoises, et se sont installés en Egypte, alors terre d'accueil généreuse et en pleine expansion économique.
Très vite, ces ingénieux Levantins ont su développer des industries, des commerces, mais aussi la presse égyptienne naissante, puis plus tard la radio ou la télévision, le cinéma dans leur pays d'adoption. Favorisés par les Khédives puis les Rois d'Egypte, ils occupèrent des fonctions clefs dans la haute administration et les cercles du pouvoir.
Sednaoui, Toutounji, Zananiri, oui, ces noms sont familiers pour moi, des parents, des cousins, tous issus de cette communauté brillante, dont la déchéance et la fin furent décidées par la révolution égyptienne de 1952 et surtout par le nassérisme. Plus que toute autre, la communauté grecque-catholique d'Egypte fut mise au pilori et dépossédée de ses biens durant les lois de nationalisation de 1961. Tout fut saisi, comme les luxueux grands magasins propriété de la famille Sednaoui, mais aussi les usines, les commerces, les maisons, les voitures, les bijoux... Certains perdirent tout, comme ces cousins, qui se virent signifier un soir de Noël que leur demeure à Garden City, et tout ce qu'elle contenait, n'était désormais plus la leur; triste cadeau de Noël.
Que reste-t-il de cette communauté des Chawam dans l'Egypte de l'an 2000? 6000 membres tout au plus, quelques figures vieillissantes mais célèbres: Omar Sharif, né Michel Chalhoub, Youssef Chahine, Nicolas Barakat... et puis des réalisations comme le célèbre quotidien "Al Ahram", le théâtre moderne égyptien ou encore la Gare Centrale du Caire. Parfois, au détour d'une rue, une vieille mais élégante façade Art Déco, rappelle encore ce passé glorieux.
Sednaoui, Toutounji, Zananiri, ces noms étaient inscrits sur les carnets de bal de ma grande-tante à Garden City.
Le faire-part donne rendez-vous pour l'absoute à l'archevêché grec-catholique, rue de Damas à Beyrouth, tout un symbole car les destins contrariés de ces Syro-Libanais d'Egypte, de Damas au Caire les a ensuite souvent reconduit au Liban, nouvelle terre d'asile...
Mais les dernière lignes annoncent comme un retour: "l'inhumation aura lieu dans le caveau de la famille au Caire", un retour près du Nil, il paraît qu'après avoir bu son eau, on ne le quitte jamais.
Je connais ce cimetière, le cimetière des Grecs-catholiques, dans le vieux Caire; mes ancêtres y reposent. Il est ancien, élégant, les tombes y sont belles, de style rococo, art nouveau, ou art déco... le marbre est blanc, gris, rose sous la poussière jaune du désert... le jasmin y fleurit sur les grilles en fer forgé... le jasmin encore... le jasmin toujours... mais il n'est pas triste ce cimetière, il est juste rempli de mélancolie, il y flotte comme une douce mélodie, un air de piano dans la véranda, une valse lointaine, juste une dernière valse, quelques notes avant le silence.

Les lions de Babylone - chrétiens d'Irak


Que sait-on des Assyriens? En a-t-on déjà entendu parlé dans les médias?
Ce sont les descendants du peuple antique du même nom qui a dominé le Croissant fertile (Turquie, Syrie, Irak) durant des siècles avant Jésus-Christ. C’est le peuple de Babylone, cité de nombreuses fois dans la Bible, un peuple antique aussi vieux que les Araméens ou les Egyptiens, le peuple du roi légendaire Nabuchodonosor, les bâtisseurs des premières grandes cités, dont la splendeur disparue suscite encore admiration et fantasmes.
Cela force le respect, non? Un peuple qui a su garder son identité, sa langue, une variante de l’araméen (la langue du Christ), malgré les invasions des Arabes, Perses, Turcs et autres tribus musulmanes du fin fond de l’Asie centrale…
En outre, ils ont conservé la religion qui est la leur depuis le 1e siècle après J-C: le christianisme. Convertis très tôt par St Jean, les Assyriens font partie des premiers chrétiens et se répartissent entre plusieurs églises, nées comme toutes les églises d’Orient, de schismes divers: Chaldéens (les plus nombreux, devenus catholiques, rattachés à Rome comme les Melkites Grecs-catholiques), les Nestoriens, les Syriaques (catholiques et orthodoxes).
Ces églises d’Orient se rattachent toutes à l’Eglise mère d’Antioche, leur foi est millénaire et bien ancrée et c’est cet attachement à leur foi chrétienne qui a fait leur malheur face à un Islam conquérant et dont la soi disant tolérance, tant vantée par les "esprits bien pensant" aujourd’hui, est allée quoiqu’on dise en dents de scie au cours de l’Histoire: massacres, expulsions, déportations, brimades à répétitions se sont succédés.

A la base répartis surtout en Turquie et en Irak, les Assyriens ont subi de grands mouvements migratoires (quand ils ont réussi à échapper aux massacres) qui ont conduit à une chute vertigineuse de leur nombre en Orient. Ils étaient 250 000 en Turquie au début du 20e siècle, ils sont moins de 20 000 aujourd’hui. Ils ne représentent plus que 3% (800 000) de la population en Irak.
Oui, car outre les Arméniens, les Assyriens ont subi les massacres orchestrés par les Jeunes Turcs (mouvement qui a donné naissance à la Turquie “moderne et laïque”) au début du 20e siècle. Mais, il semble que cela ait été oublié par l’Europe, il est vrai que la diaspora assyrienne y est moins nombreuse et moins influente que la diaspora arménienne.
Concernant toujours la Turquie, les Assyriens restés sur leur terre millénaire (les montagnes du Sud du pays) ont connu l’horreur alors que se construisait, sur les ruines de l’Empire Ottoman, la Turquie “moderne et laïque” d’Atatürk, la même qui aujourd’hui souhaite entrer chez nous, en Europe.
Privés du droit de pratiquer leur langue, l’Araméen, privés du droit de construire leurs écoles chrétiennes, leurs églises, nécessité de demander des autorisations multiples pour faire rénover une église (tiens ça me rappelle l’Egypte autre pays de tolérance interconfessionnelle…), ils ont tout simplement subis la “turquisation” imposée par le gouvernement d’Ankara. Turquisation imposée aux Kurdes, autre peuple martyre sur le dos duquel s’est fait la construction de la Turquie et de l’Irak modernes.
Oui, mais, la nature humaine étant ce qu’elle est, les Kurdes, sunnites, n’ont pas montré de compassion ou de solidarité avec leurs voisins assyriens qu’ils côtoient depuis des siècles dans les montagnes turques. Non, bien au contraire, la guérilla kurde, le PKK et autres mouvances en rébellion contre le pouvoir turc, a profité des troubles pour rançonner les villages chrétiens, pillant, violant à volonté.
Mais le comble, c’est que les Turcs ont décrété que les Assyriens étaient de mèche avec la guérilla kurde ! L’armée s’est empressée de châtier ces pauvres montagnards en rasant des villages entiers, accusés de cacher des rebelles du PKK ou autres.
Pris en tenaille entre les Turcs et les Kurdes, les Assyriens de Turquie n’ont d’autre choix que de quitter dans les années 70 leurs villages et de s’exiler, qui vers la Syrie voisine puis vers le Liban, seule terre d’asile des chrétiens dans la région, qui vers l’Europe (la France!) ou les Etats-Unis: sans aucun espoir de retour cela va sans dire puisque aussitôt, l’armée turque a fait raser les villages désertés et fait sauter les églises, officiellement pour qu’ils ne servent pas de refuge aux rebelles kurdes. Lesquels ont très vite récupéré les terres des Assyriens (il ne faudrait pas que ça se perde tout ça, ce serait du gâchis…)
Tout cela bien sûr, nul n’en a entendu parlé en Occident, disons le sans détour, c’est le cadet de nos soucis.
Nietzsche disait “bienheureux les oublieux”, il est vrai qu’oublier est peut-être parfois salutaire, savoir dépasser certaines frustrations peut contribuer à se libérer pour aller de l’avant, néanmoins cela n’est pas toujours vrai en Histoire. Le passé est important à connaître et à prendre en compte pour construire l’avenir.
N’est-ce pas sidérant qu’un pays soit disant laïc, qui traite ainsi ses minorités, particulièrement les chrétiens, frappe à la porte de l’Europe ? Quand on a entendu Erdogan, musulman intégriste et premier ministre turc, déclarer sèchement à notre ministre des Affaires étrangères "qu’il est étonnant qu’une poignée d’Arméniens décident en France de l’entrée de la Turquie en Europe", l’on est en droit de se dire que décidément les Turcs sont bien loin d’avoir changé… et bien loin d’être prêts à entrer en Europe !

En attendant, les Assyriens eux montrent leur véritable capacité d’intégration en France.
En effet, la communauté assyrienne de France ne cesse de s’accroîtrent, d’abord composée dans les années 80 d’émigrés venus de Turquie, elle s’est enrichie de familles fuyant l’Irak après la première guerre du Golfe et maintenant fuyant le chaos actuel.
Les persécutions chiites, kurdes et sunnites s’abattent sur eux depuis la “libération » de l’Irak, les Assyriennes sont ainsi obligées de se voiler à Moussoul, les magasins des chrétiens sont pillés, les riches familles rançonnées à Bagdad… Et pour tout dire, avec le début de la "guerre civile" entre sunnites et chiites, on est en droit de penser que le calvaire des chrétiens en Irak à Mossoul, Bagdad ou ailleurs ne fait que commencer. D’autant que nul ne se soucie d’eux. La meilleure preuve étant la presse occidentale qui ne parle que très rarement de cette communauté, sinon lors des attentats d’août dernier contre les églises ou lorsqu’à Noël, la peur au ventre, les Assyriens tentent de célébrer la fête sainte sans se faire massacrer au coin de la rue. Mais la plupart du temps, on ne parle que des “composantes chiites, kurdes et sunnites de la population irakienne” autrement dit, des musulmans.

Mais revenons aux Assyriens de France, installés en banlieue parisienne depuis presque 20 ans, ils démontrent que lorsque l’on est de bonne volonté il est possible de s’intégrer socialement en adhérant au fameux “modèle républicain”.
En effet, on ne parle pas ici d’une immigration de chrétiens orientaux aisés ou fortunés, cultivés et francophones, comme celle des Syriens d’Egypte ou des chrétiens du Liban, mais en majorité de gens souvent modestes, ne parlant pas français et découvrant un pays qu’ils ne connaissaient pas du tout.
Eh bien, ces migrants, loin de leur pays et contrairement à certaines populations, pourtant plus en contact avec la France historiquement, ont su prouver leur capacité à se débrouiller et à s’intégrer sans faire parler d’eux.
Ils quittent de plus en plus les “cités” pour des pavillons, grimpent doucement mais sûrement les échelons sociaux, leurs enfants font des études, portent bien souvent des prénoms français.
C’est ainsi qu’ils se sont fondus dans le paysage sarcellois sans heurt ni conflit avec les autres communautés présentes: Turcs, Kurdes, Juifs sépharades, maghrébins…
Néanmoins cela n’empêche pas les Assyriens de Turquie ou d’Irak de préserver leurs coutumes, leurs traditions, transmettant leur langue millénaire à leurs enfants qui continuent à la parler et même à l’écrire. Les assyriens ont récemment inauguré une jolie église chaldéenne à Sarcelles, financée en majorité par leurs propres deniers.
On n’en a pas parlé dans les médias, alors que lorsque la “Grande Mosquée” de Strasbourg sera inaugurée, tambours, trompettes et youyous de joie résonneront dans toute la France très chrétienne.
Enfin, il existe une association culturelle de jeunes Assyriens appelée “les lions de Babylone” qui montre tout le dynamisme de cette communauté qui décidément mérite notre admiration ou tout du moins notre respect.
Puisse-t-elle perdurer même si cela doit être en Occident, puisque l’Orient semble vouloir s’uniformiser à outrance, rejetant la différence et sombrant petit à petit dans l’obscurantisme, commettant l’erreur la plus impardonnable qui est celle de rejeter ses fils premiers, héritiers de sa grandeur antique disparue.

La présence chrétienne au Proche-Orient

Coptes, Grecs-orthodoxes, Maronites, Melkites Grecs-catholiques, Syriaques, Arméniens, Assyro-Chaldéens...
Les chrétiens sont près de 15 millions au Proche-Orient, répartis en Egypte, Palestine, Syrie, Liban, Jordanie, Irak...
Populations autochtones, descendants des peuples antiques Egyptiens, Assyriens, Araméens, Phéniciens, Philistins... christianisés au temps des apôtres, fils des premiers chrétiens, leur foi est millénaire, leur rite remonte au premiers jours du christianisme.
Intégrés au monde arabe, ils ont grandement participé à son essor culturel, économique, au développement de la presse, des lettres modernes, de l'industrie, du commerce.
Véritable pont entre l'Orient et l'Occident, ils ont formé des élites brillantes et cultivées, souvent francophones et cosmopolites, au Caire, à Alexandrie, Beyrouth, Damas ou Alep...
Pourtant, les temps ont souvent été durs, tout au long des siècles les persécutions, les massacres se sont succédés...
Aujourd'hui, leur situation est menacée, plus que jamais, dans un Proche-Orient livré à la violence, à la montée de l'intégrisme musulman, au terrorisme, ils sont des cibles toutes désignées, minoritaires dans leurs terres, isolés et oubliés de l'occident, qui ignore parfois jusqu'à leur existence!
C'est ce qui m'a poussé à créer ce blog. Moi-même, jeune Melkite Grec-catholique, né et élevé en occident, mais fier de mes racines orientales et chrétiennes, j'ai ressenti depuis longtemps ce besoin d'expliquer, de raconter l'histoire de cette chrétienté orientale aux rites multiples et complexes, dont la beauté des chants grecs ou syriaques et la liturgie toute d'or et d'encens, nous ramènent aux origines de l'église mère d'Antioche.
Ce blog est donc dédié à mes frères, les chrétiens d'Orient, orthodoxes ou catholiques, monophysites ou uniates, tous unis pour préserver notre héritage et dénoncer l'intolérance musulmane qui tend à uniformiser notre Proche-Orient, le privant petit à petit de ses premiers enfants.