Le Basiléus et le docte persan
Que de bruit autour des récents propos de SS le Pape Benoît XVI. Une fois de plus le monde musulman proteste bruyamment à coups de manifestations « populaires », brûlant l’effigie du successeur de St Pierre, menaçant et vitupérant à tue tête.L’on devient coutumier du fait, malheureusement, rien de nouveau, après les « caricatures » du Prophète, que le salut soit sur Lui, bis repetita…. Et une fois de plus, ceux qui payent, ce sont les chrétiens d’Orient, puisque les églises de Gaza et de Cisjordanie ont été attaquées à la grenade et que des menaces ont été proférées contre les chrétiens d’Irak, dont les églises ont été depuis mises sous surveillance (si elles ne l’étaient déjà…).
Etrange réaction, si l’on considère que nombre de chrétiens orientaux ne sont pas catholiques et donc ne dépendent nullement du Pape, mais cette subtilité échappe certainement au commun de la foule mahométane.
D’ailleurs, le fond même de cette polémique échappe à la grande majorité des mêmes Musulmans, comme durant l’histoire des fameuses caricatures, que personne ou presque n’avait vues au Proche-Orient ou ailleurs dans le monde musulman.
Je ne reviendrai pas en détail sur les propos du Pape, puisque aucun des manifestants violents ou non, n’a entendu le discours du Pape, qui ne faisait que CITER un dialogue entre l’empereur byzantin, le Basiléus Manuel II Paléologue et un docte Persan, chacun argumentant pour défendre sa religion. Ces propos ne représentaient qu’une petite partie d’une argumentation théologique traitant de la place de la RAISON dans la religion et des liens indispensables entre cette dite raison et la foi dans le Christianisme. Il n’y avait bien sûr aucune volonté d’insulter de quelque manière que se soit la religion islamique.
D’ailleurs, sur quoi portent les protestations des « autorités » musulmanes allant du Cheikh d’Al Azhar El Tantawi, à la botte du régime égyptien, en passant par les Frères Musulmans, jusqu’au parlement pakistanais et au recteur de la mosquée de Paris ?
Sur le lien entre Islam et violence qui aurait été établi dans le discours du Pape ?
Détachons-nous du discours de SS le Pape, qui encore une fois, n’a voulu en aucune manière manquer de respect à la religion musulmane : on peut tout au plus parler de maladresse, puisque manifestement la portée de ce discours hautement théologique et académique n’est pas accessible à tout le monde, on pourrait aussi s’interroger sur le rôle de la presse dans cette affaire…
Mais intéressons-nous aux protestations. Pourquoi? Est-il insultant de dire que Islam est liée à la violence? Est-ce que rien ne le laisserait supposer?
Coran, Sourate de la Vache 2, versets 190-193 :
"Combattez dans le sentier de Dieu ceux qui vous combattent et ne transgressez pas. Certes, Dieu n'aime pas les transgresseurs !
Tuez-les, où que vous les rencontriez, et chassez-les d'où ils vous ont chassés : la sédition est plus grave que le meurtre. (...).
Combattez-les jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de sédition, et que la religion soit entièrement à Dieu seul. S'ils cessent, donc plus d'hostilités, sauf contre les injustes."
Tuez-les, où que vous les rencontriez, et chassez-les d'où ils vous ont chassés : la sédition est plus grave que le meurtre. (...).
Combattez-les jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de sédition, et que la religion soit entièrement à Dieu seul. S'ils cessent, donc plus d'hostilités, sauf contre les injustes."
Coran, Sourate 9, le repentir, verset 29:
"Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n'interdisent pas ce qu'Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre (Chrétiens et Juifs ndlr), jusqu'à ce qu'ils versent la capitation par leurs propres mains, après s'être humiliés."
Coran, Sourate 9, le repentir, verset 39:
"Si vous ne vous lancez pas au combat, Il vous châtiera d'un châtiment douloureux et vous remplacera par un autre peuple. Vous ne Lui nuirez en rien. Et Allah est Omnipotent."
Est-il alors révolutionnaire ou insolent de dire que l’Islam s’est répandu par la force de l’épée ? De Médine, le Prophète, est parti armé à la conquête de la Mecque avec ses condisciples puis a conquis toute la péninsule arabique au VIIe siècle.
Les mêmes « troupes » musulmanes ne sont-elles pas ensuite allées à la conquête de tout le Proche-Orient, le pays de Cham, l’Egypte puis ensuite le Maghreb, l’Andalousie…
Après avoir envahi une partie de l’Espagne, les Arabes ne sont-ils pas remontés en France jusqu’à Poitiers en 732?
N’est-ce pas là l’Histoire ? N’est-ce pas comme cela que l’Islam s’est en grande partie répandu dans le monde dès son origine?
Est-ce l’insulter que de le rappeler ?
J’entends dès à présent les bonnes âmes bien pensantes m’opposer, les croisades (les fameuses que l’on ressort à toutes les sauces), l’Inquisition, les conversions ou je ne sais quelle autre guerre de religion catholique….
- Premier point : rien dans l’Evangile n’appelle à la conquête par l’épée, contrairement au Coran. Je défie quiconque d’y trouver une simple allusion à l’utilisation de la violence pour répandre la foi ou même combattre ses ennemis : « tends la joue gauche… » etc…
Les croisades, l’Inquisition, les guerres de religion ont certes été conduites au nom de la religion chrétienne mais pas selon ses textes sacrés et en fait davantage pour des raisons politiques ou économiques que religieuses. Encore une fois, j’insiste, c’est une différence fondamentale avec l’Islam qui dès son apparition appelle à la conquête par l’épée et à la conversion. Doit-on rappeler que le Christianisme a d’abord été la religion des pauvres et des esclaves dans l’empire romain ?
Que dire aussi du Christianisme oriental ? En tant que chrétien d’Orient je réfute les croisades, l’inquisition, les guerres catholiques, elles n’appartiennent pas à l’histoire de mon église, elles ne sont pas pour moi lié à ma foi, nouvelle preuve que cela n’est pas dans les textes sacrés du Christianisme.
- Deuxième point : qui est le premier à avoir « attaquer » l’autre ? Le monde islamique ou la chrétienté ?
Les croisades commencent en 1095. La conquête islamique du monde en 632.
Il existait tout un monde au Proche-Orient avant l’arrivée de l’Islam. L’empire byzantin s’était construit sur les strates de civilisations antiques, et il avait intégré tous les peuples présents de l’Egypte à la Syrie (Egyptiens, Araméens, Philistins, Phéniciens, Assyriens…), ce monde a été envahi par les Arabes, conquis et soumis.
Evoquer sans cesse les croisades pour se présenter comme victimes d’une chrétienté conquérante est intellectuellement et historiquement malhonnête, et relève de la pure mauvaise foi.
Soyons clair, mon propos n’est pas ici de jouer au jeu de « c’est toi le premier qui m’a attaqué, donc c’est toi qui a tort », mais de casser ce discours politiquement correct en grande partie assumé par l’Occident qui veut que les Européens battent sans cesse leur coulpe par rapport au passé et dans leur rapport à l’Islam.
Chrétienté et Islam se sont affrontés, c’est un fait, les deux ont aussi su parfois vivre ensemble, souhaitons que cela soit encore possible dans ce tourbillon de violence et d’intolérance, mais de grâce, cessons la mauvaise foi, et l’angélisme, la naïveté et l’ignorance.
Chrétienté et Islam diffèrent fortement, mettre en exergue ces différences n’est pas un manque de respect.
En revanche, protester contre des propos faisant un lien jugé « scandaleux » entre Islam et violence en lançant des grenades sur des églises à Gaza et en Cisjordanie ou en assassinant une religieuse en Somalie, ne me semble pas des plus pertinents quant à l’efficacité de la démonstration.
On est loin, bien loin, de cette conversation civilisée qui eut un jour lieu entre un empereur byzantin et un docte Persan…

1 Comments:
En synthèse :
1. La violence en islam est justifié dans le Coran - rien de tel dans l'évangile.
2. Les réactions des musulmans confirment la violence et l'irrationalité en islam.
3. Le pape, comme les chrétiens, respectent tous les musulmans, qui sont fils de Dieu et frères humains.
4. Le dialogue inter-religieux doit être basé sur la vérité, pas sur un pseudo renvoi dos à dos.
5. La conférence de Ratisbonne était prononcée dans un auditoire d'initiés, pas pour une diffusion de masse.
6. Le rôle de l'Occident, dont les journaux ont complaisamment répandu les rumeurs et les fausses interprétations, et dont aucun gouvernement n'a condamné le déchaînement de violence dans les pays islamiques, est troublant.
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