08 mai 2011

Le printemps arabe, printemps des chrétiens?


J'ai laissé passer un peu de temps avant de commenter les révolutions arabes. D'abord parce que celle de Tunisie (la révolution de jasmin) ne relevait pas du thème de ce site qui traite des chrétiens d'Orient.

Quand la révolution égyptienne a éclaté, peu de temps après le massacre des Coptes à la St Sylvestre, j'ai préféré observer avec intérêt mais sans commentaire, car la grande question était et est encore de savoir ce que pourrait donner ce soulèvement, légitime, contre le régime vermoulu et corrompu de Hosni Moubarak. Après des décennies de déliquescence, de corruption, d'affairisme et de décadence islamisante, l'Egypte enfin semble relever la tête. Sa jeunesse, celle que l'on a qualifié de jeunesse "Facebook", essentiellement urbaine et issue des classes moyennes et bourgeoises a osé défier le pouvoir et initier un mouvement devenu populaire et tout simplement égyptien. Fierté retrouvée scandée avec joie dans les slogans ('Erfa3 ra'sak enta masri'/'Relève ta tête, tu es Egyptien'), amour de la patrie et volonté de construire une société plus juste, où chaque égyptien aurait pleinement sa place, nulle haine mais un désir ardent pour la liberté, voilà le visage de la révolution égyptienne, celle de la Place Tahrir. Les barbus, qui n'ont pas manqué d'essayer de récupérer le mouvement, ou tout du moins d'y trouver leur place, ont été marginalisés et jusqu'à aujourd'hui, les Frères musulmans ne sont pas les gagnants du changement de régime.

Reste à voir ce que donneront les élections de septembre et comment l'Egypte nouvelle se construira.
Restent des thèmes brûlants à traiter, comme modifier l'article 2 de la constitution égyptienne, qui fait de la Charia musulmane la principale source du droit égyptien.
Restent aussi tous les problèmes confessionnels qui empoisonnent les relations entre chrétiens et musulmans. Les tracasseries administratives imposées à la communauté copte sont nombreuses ne serait ce que pour faire construire une église ou même simplement la rénover.
Mais alors que ces questions restent en suspend, qu'advient-il aux chrétiens d'Egypte encore endeuillés de la tragédie de la St Sylvestre?
En mars, 13 personnes ont trouvé la mort dans des 'affrontements' entre chrétiens et musulmans. Ces affrontements sont en fait bien souvent des attaques contre les chrétiens par des fanatiques musulmans.
Hier, samedi 7 mai 2011, des églises ont été incendiées à Imbaba, quartier populaire du Caire, des 'affrontements' entre musulmans et chrétiens s'en sont suivis, car nouveauté depuis quelques mois, les chrétiens ne se laissent plus faire et répliquent aux attaques.
Derrière ces agressions on trouve toujours les mêmes justifications vaseuses, des femmes voulant se convertir à l'Islam "seraient séquestrées par les autorités religieuses coptes". La rumeur voudrait que ces femmes soient emprisonnées dans une des églises incendiées... drôle de réaction que d'incendier l'église ou seraient enfermées les postulantes à la l'Islam. Rappelons qu'en Egypte la conversion de chrétiens à l'Islam est permise mais que l'inverse est interdit par la loi.

Non en vérité, les attaques anti-chrétiennes ne trouvent leur origine que dans la haine persistante d'extrémistes prêts à tout pour débarrasser l'Orient arabe de ses chrétiens.
On peut bien sûr y voir la main des anciens partisans de Moubarak, de l'Arabie Saoudite ou autre puissance étrangère cherchant à décrédibiliser la révolution...

Mais ces actes haineux ne décrédibilisent pas la révolution, puisqu'ils advenaient déjà sous le régime de Moubarak, et il arrivait même que la police prenne le parti des extrémistes au lieu de défendre les chrétiens attaqués.
La seule chose qui pourrait décridibiliser la révolution serait l'absence de réaction de la part des autorités et l'incapacité à envoyer des messages forts pour déclarer que tout Egyptien chrétien a les mêmes droits qu'un Egyptien musulman et que nul ne peut attaquer la communauté chrétienne sans attaquer l'Egypte et doit en conséquence être sévèrement puni.
Pour le moment le premier ministre a convoqué une réunion de crise et a renoncé à ses voyages officiels aux Emirats et au Bahrein, ce qui montre l'importance donnée à cet événement grave. Les autorités égyptiennes ont voulu envoyer un message clair: les attaques contre les lieux de culte seront punies et les criminels seront considérés comme nuisant à la stabilité du pays.

Mais au delà de ce tragique événement, la question qui se pose à nous est de savoir si le "printemps arabe" va également être celui des chrétiens?
Nous ne pouvons pas ignorer que la chute de Saddam Hussein a sonné le début de la fin pour les chrétiens d'Irak dont le nombre a chuté de moitié depuis 10 ans et qui subissent agressions après agressions: la plus spectaculaire fut hélas le massacre de la Toussaint à la cathédrale syriaque catholique de Bagdad.
Qu'en sera-t-il des Coptes? Bien sûr, la situation est bien différente, la révolution égyptienne a été faite par les Egyptiens et non par une intervention étrangère. Il n'y a pas de troupes américaines ou étrangères qui occupent le territoire, les Egyptiens sont maîtres de leur destin. Tout espoir est donc permis quant à l'évolution de la situation des Coptes, mais cela prendra du temps tant l'Egypte a été gangrénée par une islamisation rampante mais réelle et souvent haineuse de l'autre.

En Syrie, les événements prennent une toute autre tournure, le régime a choisi la répression et tente de mater l'une après l'autre les poches de rébellion, à Deraa, Bamias, Deir ez zor, Homs...
Là aussi la question de l'avenir des chrétiens de Syrie se pose. Qu'adviendra-t-il de cette communauté prospère et éduquée qui a été protégée par le régime des Alaouites, soucieux de s'appuyer sur les autres minorités face à la majorité sunnite?

Ce dimanche matin l'émission "Chrétiens d'Orient" sur France 2 traitait des chrétiens de Syrie, le thème étant la conversion de St Paul, le chemin de Damas. La communauté melkite y a été présentée en détails, on a vu le Patriarche Grégoire III lors d'une célébration au patriarcat à Damas entouré de jeunes rappeler que "el kenisa bala shabab, kenisa bala moustaqbal wa esh shabab bala kenisa shabab bala moustaqbal" ("une église sans jeunesse est une église sans avenir, une jeunesse sans église est une jeunesse sans avenir"). On a vu également les soeurs melkites de Bab Kissan prenant soin de jeunes en difficulté et de personnes âgées isolées. On a pu visiter aussi l'église syriaque St Ephrem à Sednaya, la ville araméenne de Maaloula etc., tout cela témoignant de cette communauté chrétienne syrienne vivante et active (et souvent francophone).

Mais qu'adviendra-t-il du petit million de chrétiens syriens si Bachar Al Assad tombe?
Ne peut-on pas craindre des affrontements communautaires entre sunnites et alaouites, druzes, Kurdes ... Que penser de certains slogans entendus dans les manifestations récemment "les Alaouites au tombeau, les chrétiens à Beyrouth!"...
Samir Frangié déclare dans le Nouvel Observateur "Chrétiens de Syrie, n'ayez pas peur de la révolution", on aimerait pouvoir le croire.
http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/05/05/chretiens-de-syrie-n-ayez-pas-peur-de-la-revolution

Espérons maintenant que le "printemps arabe" sera aussi celui des chrétiens et qu'ils trouveront toute leur place dans les nouvelles sociétés qui vont se construire.
Car le mouvement est en marche et rien ne pourra l'arrêter, et gardons à l'esprit que la principale revendication des peuples arabes est de connaître une liberté dont leurs pays ont été privés depuis maintenant trop longtemps.

Les chrétiens doivent avoir toute leur place dans ce qui sera le nouveau Moyen-Orient, car ils ont été les artisans de la renaissance culturelle arabe, ils ont participé à l'essor du nationalisme arabe, puissent-ils aider à la naissance de la démocratie arabe.

07 janvier 2011

Réponse à "majesto" le mal nommé

J'ai récemment découvert un charmant message sur mon texte "Les assassins de Mossoul", texte qui dénonçait le lâche assassinat de l'évêque chaldéen de cette ville du nord de l'Irak en 2007, et qui annonçait déjà le calvaire de nos frères irakiens dans le Christ.
Voici le message (avec une belle faute d'orthographe que j'ai bien sûr laissé à l'appréciation de tous).
majesto a ajouté un nouveau commentaire sur votre message "Les assassins de Mossoul" :

ça m'étonne pas que les "mahométans" vous déteste.
Je n'ai jamais vu personne plus hautaine et méprisante qu'un(e) chrétien(ne) d'orient.

Cher majesto, tout d'abord merci de votre contribution très intéressante à mon blog. Votre propos est riche d'enseignement et de réflexion.
C'est avec des gens comme vous que l'on fera certainement avancer le monde, la paix et la justice, en un mot la civilisation.
Pour cette nouvelle année, je commencerai par vous recommander l'usage intensif du Bescherelle qui vous permettra de maîtriser un minimum les conjugaisons françaises que vous semblez méconnaître.
Mais peut-être que je suis là un peu "hautain" et "méprisant", si c'est le cas je m'en excuse. Je ne voudrais pas réveiller vos petits complexes qui ressortent à peine dans le ton de votre message sympathique.
J'imagine que vous avez rencontré beaucoup de chrétiens d'Orient et que vous avez ainsi pu mener une sorte d'étude quantitative vous permettant d'affirmer que vous n'avez "jamais vu personne plus hautaine et méprisante" dans l'échelle que vous avez vous même établi au sujet des "personnes hautaines et méprisantes". (votre vie semble passionnante)
Je pense que les Coptes "zabbaline" qui vivent dans les taudis du Moqattam au Caire seraient heureux d'apprendre qu'ils sont les premiers de ce palmarès fabuleusement intéressant, tous comme les Chaldéens d'Irak traumatisés fuyant au Kurdistan ou à l'étranger la violence MAHOMETANE (je vois que vous semblez apprécier ce mot, je m'en réjouis et espère bien l'utiliser encore).

En tout cas, votre message vous honore et montre votre grandeur d'âme en ces jours de deuil pour les chrétiens d'Orient après les 2 massacres de Bagdad et d'Alexandrie, merci de votre compassion.

Eh bien, "Majesto", je concluerai amicalement en paraphrasant Aimé Césaire:
"Chrétien d'Orient je suis, chrétien d'Orient je resterai... et le chrétien d'Orient, il t'emmerde!"

02 janvier 2011

La croix et le croissant

En ce début d'année, hélas, le bilan est terrible.
Lorsque j'ai créé ce blog en 2006, je partais d'un constat déjà désastreux quant à la situation des chrétiens du Proche-Orient et particulièrement en Irak, en Palestine et en Egypte.
Hélas, rien ne s'est arrangé depuis, bien au contraire, l'exode massif se poursuit au gré des massacres et des exactions commis en toute impunité.

Le récent massacre de la cathédrale syriaque catholique à Bagdad, le massacre du 31 décembre à la sortie d'une église copte d'Alexandrie ne laissent aucun espoir aux chrétiens qui se sentent abandonnés et vulnérables face à la violence haineuse des islamistes qui semblent bien décider à faire partir les chrétiens de leurs terres millénaires.

Pourtant il convient de dire que dans ce contexte d'horreur il y a une petite note positive: le sort des chrétiens arabes n'est plus ignoré par les médias occidentaux. Les chaînes de télévision traitent plutôt bien le sujet (Bon reportage de France 2 à 20h en ouverture du journal ce jour sur les Coptes et les chrétiens orientaux), la presse écrite multiplie les articles, l'opinion publique semble un peu s'émouvoir, des personnalités prennent la parole et tirent la sonnette d'alarme, clamant haut et fort qu'aujourd'hui le CHRISTIANISME EST LA RELIGION LA PLUS PERSECUTEE dans le monde.
En Egypte, les Coptes crient leur colère et manifestent, parfois violemment (mais comment ne pas les comprendre), prenant à partie ministres et responsables religieux musulmans (comme aujourd'hui le Cheikh Al Azhar encerclé dans sa voiture).
ttp://www.lefigaro.fr/international/2011/01/03/01003-20110103ARTFIG00323-la-tension-monte-en-egypte-apres-l-attentat-d-alexandrie

N'est-il pas trop tard pour une prise de conscience?
J'ai envie de dire qu'il n'est jamais trop tard pour réagir, la pression internationale de l'Europe (la France, le Royaume-Uni, l'Italie, l'Espagne ont vivement réagi), des Etats-Unis (le président Barack Obama a vivement condamné les massacres) sur les états arabes peut pousser ces gouvernements peu sensibles au sort de leurs ressortissants chrétiens à prendre des mesures pour que leur image ne soit pas trop entachée aux yeux de l'opinion occidentale, d'autant que ces mêmes gouvernements dépendent largement de l'aide économique occidentale.
Les médias arabes semblent aussi s'intéresser au sort des citoyens chrétiens de leur région: en témoigne les débats sur Al Jazeera sur le devenir des chrétiens d'Irak ou le statut des Coptes en Egypte ou la menace de la "fitna" entre musulmans et chrétiens au sein du monde arabe.
Le Liban a bien sûr condamné les massacres, la Syrie toujours prompt à dénoncer les violences contre les chrétiens a vivement dénoncé les attentats et a rappelé la nécessaire unité des peuples arabes, musulmans et chrétiens, mais moins habituel, l'Iran et l'Arabie Saoudite ont également réagi sans tarder.
Même les mouvements islamistes comme le Hamas, le Hezbollah ou encore les Frères musulmans condamnent ces violences anti-chrétiennes sans équivoque.

Alors, si on se prenait à espérer que les Arabes prennent soudainement conscience de la perte immense qui se profile dans un futur proche, la disparition de la chrétienté orientale? Serait-ce qu'une illusion, qu'un sursaut passager et éphémère?

Dans tous les cas, il est certain que seule une prise de conscience générale, un autre regard porté sur les chrétiens devant être considérés comme des citoyens arabes à part entière pourra peut-être faire barrage à la haine des extrémistes.
Seule une réaction massive de soutien et de solidarité des peuples arabes vis à vis de leurs concitoyens chrétiens pourrait donner un espoir quant à la survie de nos communautés au sein d'un Proche-Orient en proie à une intolérance religieuse poussée à son paroxysme.
La solution, la seule, est dans l'Islam, seuls les musulmans peuvent sauver les chrétiens d'Orient, dont l'avenir est étroitement lié à celui de la religion musulmane et au chemin que les musulmans veulent tracer pour eux-mêmes: vers la lumière ou vers les ténèbres de l'obscurantisme.

A noter en nouvelle de dernière minute, que les Coptes d'Allemagne ET DE FRANCE viennent d'être menacés à leur tour pour le Noël orthodoxe.

http://www.lefigaro.fr/international/2011/01/03/01003-20110103ARTFIG00588-menaces-sur-les-coptes-orthodoxes-de-france
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15 novembre 2010

Comment Bruce Willis a évincé les Assyriens

Dimanche à Paris à 14h a eu lieu la première manifestation en soutien des chrétiens d'Irak. Le rassemblement a commencé sous la statue de la liberté, quai de Grenelle, dans le 15e puis s'est dirigée lentement vers le Trocadéro.
Loin d'être marginale, cette manifestation de protestation contre les massacres des chrétiens irakiens (communauté assyro-chaldéenne et syriaque) a rassemblé près de 3000 personnes selon les sources policières.
Des Assyriens d'Irak, de Turquie mais aussi des Libanais (maronites, melkites), des Egyptiens (coptes), des catholiques de France, des représentants de la Licra et beaucoup d'autres d'horizons divers sont venus soutenir nos frères d'Irak dans le malheur et la souffrance qui est leur lot depuis le renversement de Saddam.
Les drapeaux portant l'aigle syriaque, l'étoile assyrienne flottaient fièrement au-dessus des têtes, des croix orientales, romaines étaient brandies comme un hommage rendu à ces chrétiens si fiers de leur foi dans le Christ et qui le lendemain du massacre se sont rendus à la messe de funérailles malgré les menaces des terroristes.
Ils sont venus nombreux en ce jour gris, pour montrer leur peur de voir disparaître l'une des plus vieilles communautés de la chrétienté, les chrétiens de Mésopotamie, qui parlent encore aujourd'hui la langue du Christ, l'araméen.

Et pourtant, c'est en vain que le soir même (ou le lendemain) j'ai cherché une ligne consacrée à cette manifestation, même sur le Figaro.fr ou Le Monde.fr pourtant généreux en articles sur les massacres derniers et sur le devenir incertain des chrétiens du Proche-Orient. C'est en vain que j'ai regardé le journal de 20h de France 2, qui pourtant avait aussi bien traité le massacre de la cathédrale.
Non, toute l'attention des médias étaient alors concentrée sur le remaniement du gouvernement français (d'ailleurs ce fut la montagne qui a accouché d'une souris).
Certes, on peut comprendre que la politique intérieure l'emporte sur des événements qui se sont somme toute passés loin de Paris (je parle des massacres) et qu'une manifestation peu spectaculaire, surtout après la série des manifs contre les retraites, n'est pas un sujet à traiter en priorité.
Mais alors quelle stupéfaction lorsque arrivé à la fin du journal sans qu'il eût été fait mention de la manifestation, je vois le télégénique Laurent Delahousse terminer le journal en interrogeant Bruce Willis avec grande excitation. Je vous avoue ne pas avoir retenu un mot de cette interview tant ma stupeur fut grande. Mon esprit restait bloqué sur "mais quand est-ce qu'il va parler de la manifestation?". Vaine attente, car ce fut là la conclusion et non des moindres.
En effet, ce n'est pas exact lorsque je dis que je n'ai rien retenu de l'interview de Mister Bruce Willis, alias Mr Die Hard, en réalité j'ai retenu une phrase, une seule, la réponse à la question de Delahousse:
-"Vous avez dit que aviez souhaité vous engager lors de la guerre en Irak, est-ce vrai?".
-"Oui, c'est exact, ça correspondait alors à ce que j'aurais voulu faire pour mon pays".
....
Quelle ironie, voilà qu'était évoquée la cause du malheur des chrétiens d'Irak en toute simplicité, comme si l'engagement dans cette guerre allait de soi pour un Américain de base convaincu du bon droit de son pays à aller détruire celui des autres au nom d'armes de destruction massives que l'on a jamais trouvées et qui n'ont donc jamais menacé l'Amérique.
Non seulement on ne parle pas de la manifestation pour ces chrétiens martyres sacrifiés au nom du Dieu pétrole, mais en plus on en rajoute une couche en évoquant avec légèreté l'événement qui a signé leur arrêt de mort avec un acteur qui incarne toute la brutalité américaine magnifiée à l'écran.

Le monde des médias est bien mystérieux, certains ont parlé de "compassion sélective" en critiquant le soi disant apitoiement des médias sur le sort des chrétiens alors que "les musulmans souffrent aussi en Irak" (je pense à un intervenant musulman de pure mauvaise foi sur France 5 à l'émission d'Yves Calvi consacré aux chrétiens d'Irak).
Finalement, ce brave homme avait raison, il y a bien une "compassion sélective", mais pas dans le sens où il l'entendait, non, les chrétiens d'Orient restent malgré tout un peu ignorés, comme si en parler trop était ennuyeux et peu "vendeur" pour les médias.

Certes, les musulmans meurent aussi en Irak et c'est terrible, mais ce qui est plus terrible encore, c'est que quand 10 chrétiens meurent, 10 000 quittent le pays. En Irak, il n'y a pas des millions de chrétiens comme il y a des dizaines de millions de chiites et des dizaines de millions de sunnites.
A la différence des musulmans, quand des chrétiens meurent massacrés, ce ne sont pas seulement des hommes, des femmes, des enfants qui disparaissent tragiquement, c'est aussi toute une communauté terrorisée qui part et donc une culture qui disparaît, c'est notre patrimoine chrétien d'Orient qui meurt.
Un million, ils étaient un million dans les années 90, combien sont-ils maintenant? 500 000, 400 000 ou 300 000? Quelle importance puisque le chiffre d'une semaine n'est plus celui de la suivante.
Ce point là devrait avoir toute l'attention des médias, surtout lorsqu'en France on manifeste notre soutien à cette minorité en souffrance. Sinon comment leur faire savoir qu'ils ne sont pas seuls? Comment leur faire savoir que nous pensons à eux?

"Les chrétiens d'Orient? Combien de barils de pétrole?" (Robert Solé).

01 novembre 2010

Massacre dans la cathédrale

Comme pour faire écho au Synode organisé par l'église catholique sur l'avenir des chrétiens d'Orient, voilà que l'on apprend l'horreur. Ce dimanche 31 octobre, veille de la Toussaint, la cathédrale syriaque catholique de Bagdad est prise en otage par des islamistes se réclamant d'Al Qaida.
Les informations se succèdent sur les différentes chaînes d'information, au JT de 20h, sur le net..., des informations peu précises, on entend ou on lit une "église chrétienne de Bagdad", comme si l'on devait préciser qu'il s'agissait bien de chrétiens en ces terres considérées comme islamiques (mais précise-t-on d'habitude une "mosquée musulmane" ou une "synagogue juive"?).
Au 19/20 de F3 on annonce que l'assaut a été donné par les forces irakiennes et que cela a été un "succès". Plus tard on entend au journal de F2 qu'il y a 7 morts (on s'éloigne déjà du "succès"). Puis les chiffres 'officiel' tombent enfin: 52 morts, majoritairement des fidèles et des membres des forces de l'ordre. 67 blessés.
Un vrai bain de sang. Où est le succès revendiqué par les autorités irakiennes?
On apprend que les islamistes réclamaient la libération de membres d'Al Qaida détenus en Irak, mais, fait nouveau, les barbus illuminés ont également menacé l'Eglise Copte d'Egypte avec des revendications obscures et confuses qu'il reste à éclaircir: libération de femmes chrétiennes voulant se convertir à l'Islam et emprisonnées soit disant dans des églises ou des monastères.

Le "succès" est un échec, un de plus, dans la protection des chrétiens par les forces de l'ordre et par un gouvernement dépassé et souvent indifférent au devenir de la plus vieille communauté d'Irak devenue ultraminoritaire.
Un acte violent et détestable, commis par des fous d'Allah, sans foi ni loi, qui tiennent plus des bêtes que des hommes, un acte horrible qui va pousser encore plus de chrétiens d'Irak à l'exil.
L'Eglise irakienne est en train de mourir, le seul réconfort, bien minable, qu'on peut trouver encore c'est qu'elle fait enfin la une des JT.

23 octobre 2010

Le synode sur une disparition annoncée

Le 11 octobre 2010 a commencé le Synode pour les chrétiens d'Orient sous le patronage de Sa Sainteté le Pape, il se termine ce dimanche.
Le but annoncé est ambitieux, il est de "sauver les chrétiens d'Orient". Par chrétiens d'Orient on entend les chrétiens du monde arabe et plus particulièrement de ceux du Proche-Orient, de l'Egypte à l'Irak.
Voilà 4 ans que ce blog tente de faire le point sur la situation de ces chrétiens des origines si souvent ignorés par les médias et dont l'existence même n'est parfois pas connue par le grand public.
Et voilà qu'une occasion donne enfin à parler de nos communautés chrétiennes orientales en perdition.
Je ne vais pas revenir sur la situation des chrétiens, parfois dramatique (en Irak, en Palestine), préoccupante (en Egypte), et qui partout (Syrie, Liban, Jordanie) baissent en proportion, en nombre et semblent condamner à l'exil.
Mgr Toual, patriarche latin de Jérusalem, clame haut et fort "nous ne disparaitrons pas!". Nous avons envie de le croire, mais comment ne pas douter face à l'hémorragie qui perdure voire s'accélère depuis 20 ans.
Ce qui m'intéresse aujourd'hui c'est la perception de la part des occidentaux et plus en particulier de mes compatriotes français face à ce constat.
Le Synode attire le regard sur les communautés chrétiennes orientales. Bien sûr, des gens s'intéressaient déjà à leur situation, par exemple nombre de catholiques pratiquants connaissent parfois bien la diversité de nos églises millénaires. Mais là, les chrétiens d'Orient bénéficient d'articles "grand public" dans les plus grands journaux et magazines d'actualité (Le Monde, Figaro, Le Point, Le Nouvel Obs, l'Express etc.). Le magazine Géo a consacré en septembre tout un reportage aux chrétiens de Syrie, communauté prospère mais fragile, avec une extension sur la chrétienté orientale du Proche-Orient. Bien sûr, ces articles ne sont pas exempts d'erreurs, par exemple dans le reportage de Géo, la photo de l'archevêque melkite d'Alep remplace par erreur celle du patriarche d'Antioche Grégoire III, les melkites n'apparaissent pas dans les communautés chrétiennes du Liban (!) et Marie Seurat, née Maarbachi (vieille famille grecque-orthodoxe alépine), devient 'd'origine arménienne'.
Mais enfin, peut-être qu'après tout, les particularismes et la richesse de nos communautés sont encore un peu hermétiques pour les journalistes profanes.
Bien sûr, on ne peut que ce réjouir de ce coup de projecteur (momentané?) sur la situation des chrétiens du Proche-Orient. Ci-dessous des articles parus sur le Figaro.fr (désolé de ne pas mettre les articles du Monde, mais l'accès est payant):

http://www.lefigaro.fr/international/2010/10/10/01003-20101010ARTFIG00202-rome-veut-sauver-les-chretiens-d-orient.php
http://www.lefigaro.fr/international/2010/10/10/01003-20101010ARTFIG00205-mgr-fouad-toual-nous-ne-disparaitrons-pas.php
http://www.lefigaro.fr/international/2010/10/15/01003-20101015ARTFIG00614-les-chretiens-cherchent-leur-place-en-terre-d-islam.php

Qu'en est-il alors de la réaction du grand public? Il est intéressant de voir que les chrétiens du Proche-Orient suscitent bien souvent l'intérêt voire la sympathie des lecteurs.
Si je me base sur les commentaires que l'on peut lire par exemple sur le figaro.fr, les lecteurs expriment bien souvent de l'inquiétude ou de la révolte face à cette situation de plus en plus dramatique. Ils semblent comprendre l'enjeu de la présence chrétienne au Proche-Orient et se rendent compte de la perte que leur disparition représenterait. Malheureusement, le fatalisme l'emporte bien souvent sur l'espoir que le Synode pourrait apporter, et nombreux sont ceux qui s'interrogent sur ce que le Vatican pourrait réellement faire pour contrer l'exode des chrétiens qui semble inexorable.

On relève également d'autres sons de cloche. En fait, on remarque que les articles sur les chrétiens du Proche-Orient sont devenus aussi le lieu d'affrontement des "pro israéliens" et des "pro palestiniens". On retrouve en effet les mêmes "avatars" qui habituellement hantent les articles sur le Hezbollah ou la 'résistance palestinienne'. Les anti israéliens (ou pro palestiniens au choix) tentent de prétendre que les chrétiens sont partie prenante du combat contre Israël et aiment à minimiser les tensions avec les musulmans, arguant d'une supposée proximité entre l'Islam et le Christianisme (oriental), développant des théories parfois surprenantes. Par exemple la réponse à une lectrice qui évoquait St Paul pour prouver la proximité des Juifs et des Chrétiens: un internaute, pro palestinien, lui rétorque doctement que St Paul n'est pas pertinent comme docteur de l'Eglise en Orient et affirme avec un aplomb étonnant qu'il "n'est pas du tout reconnu chez les chrétiens d'Orient". En voilà un qui ignore par exemple l'existence d'une église melkite consacrée à St Paul à Damas, Bab Charqi, entre autres...

Les pro-israéliens (qui sont manifestement pour certains des Israéliens) aiment à renchérir sur la menace islamique et prennent clairement parti pour les chrétiens dont ils déplorent (honnêtement ou pas) la disparition annoncée, mais ils ne supportent pas les critiques que l'on pourrait faire sur la manière dont Israël traitent les Palestiniens chrétiens et affirment que les chrétiens d'Israël sont parfaitement bien traités et qu'il n'existe aucune discrimination. S'il est vrai que les Arabes chrétiens israéliens vivent bien mieux que leurs coreligionaires de Palestine, ils sont souvent d'abord considérés comme des 'Arabes' par les autorités israéliennes et subissent aussi des discriminations dans le monde du travail. (voir l'article sur Bethléem http://www.lefigaro.fr/international/2010/10/15/01003-20101015ARTFIG00626-bethleem-se-vide-peu-a-peu.php)

En réalité, beaucoup de ces "connaisseurs" du conflit israélo-palestiniens affirment des choses inexactes sur les chrétiens du Proche-Orient, parfois à dessein. Un internaute par exemple, manifestement arabe et musulman, tend à présenter les statut de dhimmi comme "un progrès" pour les chrétiens lors de la conquête islamique au VIIe siècle. Un autre cite des versets du Coran pour convaincre les lecteurs que l'Islam n'a jamais cherché à convertir les chrétiens et a toujours respecté leur foi en leur offrant protection en échange d'un impôt, la Jizya. Ce même internaute semble d'ailleurs considérer comme normal pour les chrétiens d'avoir dû payer pour leur protection. Édifiant de mauvaise foi, je me contenterai de citer un verset:

Coran, Sourate 9, le repentir, verset 29:
"Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n'interdisent pas ce qu'Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre (Chrétiens et Juifs ndlr), jusqu'à ce qu'ils versent la capitation par leurs propres mains, après s'être humiliés."

Pire, un pro palestinien n'hésite pas à traiter les chrétiens de "collabos avec les forces judéo-croisés".
Le loup sort donc du bois, et on retrouve bien là les ennemis des chrétiens et leur propagande nauséabonde, celle des salafistes à la barbe hirsute autres intégristes haineux de la chrétienté orientale. Les chrétiens agents de l'occident, ennemis de l'intérieur, obstacles à la cause palestinienne (devenue islamiste), la litanie des hystériques d'Allah, ennemis de la différence sur "leurs" terres qu'ils veulent uniformément mahométane, mais qui avant les leurs furent celles de la chrétienté.
Heureusement, ces propos suscitent d'autres réactions de soutien, et les 'posts' pro chrétiens sont bien plus nombreux. On le voit clairement, l'avenir des chrétiens du Proche-Orient est en général un sujet de préoccupation pour les lecteurs des articles qui leur sont consacrés.
Même si cette mise en lumière, que l'on peut supposer temporaire, est bénéfique, il faudra cependant bien plus que de la sympathie pour aider nos communautés à rester sur leur terre et à faire face aux défis posés par l'Islamisme galopant et par le problème Israélo-palestinien qui semble insoluble.
Pris en tenaille entre des intérêts qui les dépassent au niveau régional, alors que s'affrontent de plus en plus les Chiites et les Sunnites, la présence chrétienne est plus que jamais fragilisée et cela même dans les pays où les chrétiens sont encore protégés, comme le Liban, la Syrie ou la Jordanie.

Le Synode au Vatican, qui a réuni tous les patriarches catholiques orientaux (melkite, maronite, copte, syriaque, chaldéen, arménien, latin), est une initiative louable du Pape pour signifier au monde que l'Eglise n'oublie pas ses ouailles orientales et se soucie de leur devenir. La relation avec les Musulmans est au coeur du débat, mais aussi celle des Catholiques et des Juifs.
En fait, la question des chrétiens d'Orient est fondamentale, elle est celle du rapport des 3 grandes religions monothéistes entre elles. L'avenir des chrétiens d'Orient prouvera que la coexistence est possible ou non. Les chrétiens d'Orient sont le baromètre de l'avenir du Proche-Orient.
Au début d'un siècle dont Malraux a dit qu'il "serait religieux ou ne serait pas", on peut se demander effectivement si les 3 religions révélées, dont deux sont nées au Proche-Orient (l'Islam est véritablement né en Arabie), pourront vivre ensemble dans le respect mutuel ou si l'affrontement meurtrier est inévitable.
Dans ce cas, les chrétiens d'Orient en seront bien sûr les premières victimes, mais le monde entier paiera leur disparition, la disparition d'un message en des terres qui en ont bien besoin, celui que le Nazaréen et ses apôtres ont transmis pour la première fois il y a 2000 ans, un message de paix et d'amour.

11 mai 2010

De l'arabité

Il m'a souvent été donné l'occasion d'entendre le propos suivant chez mes coreligionnaires chrétiens d'Orient: "nous ne sommes pas des Arabes".
L'emploi du mot "arabe" désignerait alors plutôt les musulmans du même pays ou ceux du Golfe ou encore les Maghrébins.

Moi même, je me souviens que petit, à l'école à Nice, "l'Arabe" désignait le plus souvent un Algérien ou un Marocain (peu nombreux dans le quartier résidentiel où nous habitions) et que jamais je ne me suis senti concerné par ce vocable qui sonnait comme une insulte.
Je me rappelle même qu'une bagarre avait éclaté entre un Libanais de ma classe, Mohammad, et un de ses camarades au motif qu'il l'avait "traité d'Arabe" et que "l'Arabe" c'était Chafik, l'Algérien qui subissait quotidiennement le racisme de mes charmants petits camarades.

Le fait d'être arabe s'est posé un peu plus tard, lorsque j'étais à l'école en Suisse, dans une institution privée catholique. J'avais 11 ans et j'étais à l'internat, je cotoyais plusieurs élèves dont les parents étaient de riches Libanais, Syriens, Saoudiens, Emiratis... Une solidarité "arabe" y régnait, les grands défendant les plus petits en cas de bagarre par exemple. Très vite identifié comme un des leurs de part mes racines égypto-syro-libanaises je pus bénéficier de ce traitement de faveur, de la part de garçons qui considéraient le fait d'être arabe comme une fierté.
Je me souviens ainsi que me faisant rosser par Pierre P., (plus âgé et bien plus costaud) est arrivé un grand gaillard, Moyen-oriental (j'ai oublié son pays d'origine), qui lui a intimé l'ordre de cesser de me molester. Et lorsque le Pierre a émis une objection lui disant "qu'est-ce que ça peut te faire? Ce n'est pas ton frère", il s'est vu répondre "si, c'est mon frère, son père est égyptien, c'est un arabe, ne le touche pas".
L'arabité a donc résonné chez moi d'abord de cette manière. Une identification, par des pairs comme étant un des leurs.
Je précise bien que ces pairs étaient des Moyen-Orientaux, essentiellement Syriens et Libanais. C'est donc logiquement que je me suis identifié à ce groupe syro-libanais en priorité.

Je précise également qu'à ce moment là, la question de la religion ne se posait pas, d'ailleurs je ne me souviens plus de qui était musulman ou chrétien dans ce groupe.

Un peu plus tard, ayant quitté l'internat, j'ai oublié cette identification. Nous n'avons que peu fréquenté des "Arabes" durant mon adolescence, et même si à Genève l'un de mes meilleurs amis était un Assouad dont le père était un Egyptien syro-libanais tout à fait comme le mien, son acculturation était telle dans ce domaine que n'avons pas du tout échangé à ce sujet.

La reconnection s'est faite à mes 20 ans, lorsque j'ai entrepris de redécouvrir mes origines paternelles. L'approfondissement de ma connaissance de l'Arabe, des voyages, d'abord en Egypte puis plus tard en Syrie et au Liban, m'ont reconnecté avec l'arabité.
Je me suis senti "arabe" culturellement, et j'ai découvert à l'Institut du Monde Arabe à Paris une seconde maison. Mes amis étudiants en école de commerce comptaient des Franco-Libanais avec qui j'échangeais et me sentais à nouveau connecté.
Mais je me suis trouvé aussi confronté à d'autres Libanais, directement importés de Beyrouth. Des étudiants de St Joseph, chrétiens, maronites et grecs-catholiques pour la plupart. Ils m'ont identifié très vite comme "l'un des leurs". Mais ces Arabes là, prétendaient ne pas en être. La fameuse phrase "nous ne sommes pas des Arabes, nous sommes des Phéniciens" a résonné pour la première fois dans mes oreilles et m'a fait me poser plein de questions. S'ils étaient des Phéniciens, qu'étais-je alors? Etant identifié par eux comme l'un des leurs, étais-je moi-même un "Phénicien"? (ou plutôt un Araméen aux vues des vieilles origines damascènes de ma famille).
Mon arabité supposée je ne peux la revendiquer que du côté de mon père, ce qui dans nos cultures orientales ne pose pas de problème en soi, car c'est la lignée paternelle (celle qui donne le nom) qui l'emporte.
Mon père est génétiquement moitié syrien (grec-catholique) par son père, et moitié égyptien, (copte), par sa mère. De nationalité, il a été égyptien et libanais avant de devenir français.
Mon père parle le dialecte égyptien et a été éduqué en français et en arabe.

On peut donc dire qu'apparemment l'arabité est bien là: Egypte, Syrie et Liban sont clairement des pays arabes, membres de la Ligue Arabe, et foyers culturels du monde arabe depuis des siècles.
Je devrais donc moi aussi être "arabe".

Plus précisément "Arabe du Proche-Orient" semblait correspondre à mon identité, c'est ce qui m'avait semblé depuis mon internat, et pourtant voilà que certains de mes pairs, mes coreligionnaires, qui m'acceptent comme un des leurs, prétendent le contraire: "nous ne sommes pas des Arabes".
Il est vrai que j'avais déjà entendu ma grand-mère, copte, parler "des Arabes" pour désigner pelle mêle les Maghrébins, les musulmans, les Golfites, les autres quoi, les "pas nous".
Il est arrivé qu'une de mes cousines au Caire me désigne avec dédain des Golfites voilées de haut en bas en disant "ce sont des Arabes, pas des Egyptiennes"/"dol 3arab, mesh masriyyin".
La même cousine en visite à Nice pour un congrés pharmaceutique avait regretté que la ville compte autant "d'Arabes"... Je m'étais alors retenu de demander innocemment: "mais n'es-tu pas arabe toi même?".
Je n'y avais jusqu'alors pas vraiment prêté attention, du moins je pensais davantage à un glissement sémantique qu'à une véritable idéologie construite et revendiquée.
Et pourtant, ce qui est présent chez les Libanais chrétiens, l'est effectivement tout autant chez les Egyptiens chrétiens: "nous ne sommes pas des Arabes, nous descendons du peuple pharaonique".

Alors je me suis demandé, qu'est-ce donc qu'être arabe? Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui beaucoup d'Arabes chrétiens refusent de se reconnaître dans ce vocable?

En premier lieu, le mot "arabe" peut avoir une définition raciale ou ethnique:

Le peuple arabe est un peuple sémite issu de la Péninsule arabique appelée Hedjaz.

arabe: originaire de la péninsule arabique. Tribus arabes, cheval arabe.
Des peuples sémitiques d'Arabie.
Par ext. Des populations arabophones du Proche-Orient et du nord de l'Afrique.
Arabe chrétien==> copte, maronite.
Le Petit Robert.

Mais alors, d'un point de vue strictement génétique un Marocain n'est pas vraiment un arabe, pas plus que ne l'est un Algérien ou un Tunisien.
En effet, si l'on prend l'exemple d'un Tunisien du Nord par exemple, et si l'on s'intéresse à son ascendance, on verra qu'il descend probablement d'abord du peuple punique (carthaginois), il est possible qu'il ait aussi du sang phénicien (comptoirs installés le long de la côte tunisienne), romain et avec un apport arabe mais aussi turc voire circassien.
Un Algérien sera essentiellement de sang kabyle, pour être allé en Algérie, à Alger et en petite Kabylie, j'ai remarqué d'ailleurs que la différence physique entre les arabophones et les berberophones n'était absolument pas évidente! Il s'agit du même peuple avec simplement une différence dans la langue vernaculaire choisie (ou imposée).
D'ailleurs, l'arabe maghrébin est largement influencé aussi bien dans le vocabulaire que dans la prononciation (les consonnes dentales "ts" ou "dz" absolument pas arabes) par le berbère/amazigh. Ainsi pour dire "ouvre la fenêtre" un Marocain dira "7ell el sarjem" pour "efta7 esh shebbâk", outre le glissement sémantique "7ell" pour "efta7" typique du maghrébin ( par ex, "7out" pour "poisson" ou "beyt" pour "ghourfa") on constate l'utilisation d'un mot berbère "sarjem".On le voit la barrière culturelle est mince et révèle bien l'enchevêtrement kabyle-arabe et on peut affirmer que ce chevauchement est également ethnique.

La question suivante se pose pour tous les pays envahis par les Arabes: comment penser que quelques milliers de conquérants arabes auraient fait disparaître un peuple de centaines de milliers (voire de millions) de personne en l'espace de quelques siècles. C'est scientifiquement et génétiquement impossible. Les gènes des conquérants se sont dilués dans les peuples conquis.
Le raisonnement est le même pour le Proche-Orient: Les Araméens et les autres peuples sémites (cousins des Arabes d'ailleurs) qui peuplaient le croissant fertile (les Philistins, les Assyriens/Chaldéens, les Phéniciens etc.) n'ont pas disparu avec la conquête arabe!

Les conquérants arabes ont certes pris femmes sur place et ont eu des enfants. Les gènes arabes sont sans doute présents dans nombre d'habitants des pays du Levant arabe mais pas plus que les gènes sémites "autres", mais aussi perses (les Perses ont envahi la région moultes fois), turcs (500 ans de présence!!), circassiens (les mameloukes), européens (francs, marchands vénitiens, grecs), arméniens etc.Ceci d'ailleurs explique les différences physiques FLAGRANTES entre un Marocain du Sud et un Syrien d'Alep! Le substrat de base n'est pas le même, d'un côté kabyle et de l'autre araméen/syriaque...
Or, les types physiques dépassent les religions et contredisent une thèse qui voudraient que les chrétiens soient différents génétiquement des musulmans.
La démonstration est simple: toute la région était chrétienne avant la conquête islamique. On a eu 90% de la population qui s'est convertie à l'Islam, mais cela s'est fait sur des siècles (par ex, en Egypte, la majorité de la population est restée chrétienne jusqu'au Xe siècle soit 4 siècles après la conquête musulmane et arabe).

On peut certes penser qu'au début les convertis à l'Islam, contrairement aux chrétiens, se sont mélangés aux quelques milliers d'Arabes/conquérants (du Hedjaz) qui dirigeaient chacune des villes ou régions, et que les musulmans étaient au départ plutôt de sang arabe mélangé aux locaux, mais leurs descendants se sont dilués génétiquement dans la population au fur et à mesure des convertions au cours des siècles.

Si on prend l'exemple du Liban. On ne constate aucune différence physique liée à la religion entre un chrétien et un musulman. La différence physique existe certes par exemple peau claire, yeux bleus cheveux châtains plus présents sur la côte versus très bruns, peau mate dans la montagne, mais elle se retrouve dans toutes les religions ou rites! Ils existent des musulmans et des chrétiens clairs et des chrétiens et des musulmans foncés! D'ailleurs beaucoup de Syriens du Nord sont nettement plus clairs que nombre de Libanais... Donc, on le voit on ne peut arguer d'une différence qui voudrait prouver que les Libanais chrétiens ne descendent pas des mêmes ancêtres que les musulmans.

Qu'en est-il de l'Egypte en particulier?
Les Coptes affirment descendre du peuple antique et se différencient parfois des musulmans 'arabes'. Or, l'erreur ne réside pas dans le fait que les Coptes descendent, en partie, du peuple des Pharaons, cela est juste, mais dans la supposition que leurs compatriotes musulmans n'en descendraient pas! L'Egypte est un pays qui a subi nombre d'invasions étrangères: Grecs, Romains, Perses, Byzantins, Arabes, Turcs, outre les populations qui s'y sont installées Arméniens, Albanais, Circassiens, Européens etc. S'il est vrai que les populations de la Haute Egypte ont été moins exposées (d'où le type "pharaonique" que l'on retrouve encore chez les fellahins), on ne peut pas supposer que les chrétiens seraient les seuls vrais descendants du peuple antique et qu'ils seraient significativement plus "purs" génétiquement! L'opposition en Egypte pourrait davantage être faite entre les populations de Basse-Egypte (plus exposées aux invasions et aux influences méditerranéennes) et celle de Haute-Egypte (théoriquement plus enclavées), en tout cas certainement pas entre Chrétiens et Musulmans (dont plus des 3/4 descendent de Coptes convertis à l'Islam).









Bref, d'un point de vue strictement "génétique", il est exact qu'aucun des peuples du Maghreb ou de l'Orient arabe soit stricto sensu ARABE, mais plutôt fait de substrats de peuples dont la base serait les peuples dits "antiques" sur lesquels se sont superposés les conquérants successifs, mais cette vérité concerne tout le monde, chrétiens comme musulmans.
J'en déduis que je ne suis effectivement pas "arabe" au sens génétique du terme et que mes coreligionnaires ont raison de dire qu'ils ne sont pas arabes, d'autant plus que les chrétiens ne se sont pas du tout mélangés aux conquérants arabes musulmans: ils ont conservé leur religion d'origine et l'on sait que d'après la loi islamique tout mariage avec un ou une musulmane implique une conversion pour l'homme non musulman et de toute façon les enfants issus du couple soient musulmans.

Si l'on regarde maintenant ce que signifie "être arabe" d'un point de vue culturel.

La définition d'arabe serait celui qui appartient à l'espace culturel arabe.
Cet espace, défini par la linguistique (langue arabe et ses dialectes), cet espace est très vaste et s'étend de la Mauritanie au Golfe persique.
Il n'y a évidemment pas UNE culture arabe mais DES cultures arabes, qui s'organisent autour de la langue arabe et de ses différents dialectes.
Ces cultures comptent trois grands pôles: Le Maghreb, le Mashreq, et le Golfe.
Bien sûr au sein de ces pôles on peut voir des différences importantes. Néanmoins, toutes ces cultures ont un point commun: la langue arabe écrite et la présence de l'Islam.

Or, prétendre ne pas être arabe d'un point de vue culturel revient à dire ne appartenir à cette culture et y avoir échappé pendant des siècles.
Mais il est absurde et faux de prétendre que les chrétiens n'ont pas leur place dans cette culture à laquelle ils ont contribué depuis le commencement!
Les Arabes ont fait appel aux architectes et aux artistes chrétiens pour construire leurs premières mosquées au Caire, à Damas ou à Alep!
En outre, il n'a pas été fait table rase du passé immédiatement, car de même que pour la génétique, la culture arabe est venue s'ajouter à un substrat de civilisations.

Nier le rôle des chrétiens et de la chrétienté dans cette culture (même si l'Islam est devenu dominant) est dangereux car c'est faire du christianisme un étranger dans cette région! Ce qu'il n'est certainement pas.
Les chrétiens ont non seulement participé au cours des siècles à cette culture (peut-être davantage ceux du Levant et d'Irak que les Coptes qui se sont "endormis" du XIe s. au XIXe s.) mais ont également été grandement impliqués dans la "Nahda" et ont donc ont littéralement façonné la culture arabe moderne et en particulier les Chawam (Syro-Libanais) en Egypte, les Syriens et les Libanais au Levant.

Les Maronites, les Grecs-catholiques et les Grecs-orthodoxes ont ainsi joué un rôle de PREMIER PLAN.
De même dans l'émergence du nationalisme arabe, les chrétiens (les Coptes en Egypte, les Grecs-orthodoxes en Syrie ou plus tard en Palestine) ont occupé une place importante.
La vérité historique n'est pas à démontrer, les chrétiens d'Orient qu'ils soient coptes, grecs-catholiques, syriaques ou maronites sont culturellement des Arabes depuis des siècles, au même titre que leurs compatriotes musulmans.

Que s'est-il donc passé? Qu'est-ce qui a poussé et poussent encore des chrétiens à rejeter cette culture (et parfois cette langue) qui était pourtant la leur durant des siècles, et dans laquelle ils ont réaffirmé leur poids à la fin du XIXe?

Le colonialisme semble y être pour beaucoup: la présence européenne et en particulier française au Levant après la campagne d'Egypte et de Syrie de Bonaparte.
Les écoles chrétiennes (françaises, anglaises ou américaines) et leur réseau ont façonné de nouvelles élites. Le français (et parfois l'anglais) est devenu la langue de ces élites urbaines, qui un temps, sont restées bilingues et ont su utiliser cette connaissance pour servir d'intermédiaire entre les nouveaux "maîtres".

Ce fut typiquement le cas des Syriens d'Egypte à la fin du XIXe mais aussi des chrétiens du Liban et certains chrétiens de Syrie, de Palestine ou d'Irak.

La question libanaise est à part, car la France avait promis un état aux chrétiens de la montagne dont la France s'est considérée comme protectrice depuis François Ier. Ils ont donc commencé à affirmer leur différence culturelle, leur côté "à part" différent pour justifier d'une culture, d'un état donc qui ne serait pas incorporés dans la Grande Syrie, " état arabe" pour les "Arabes"...

Mais on avait promis un état aux Assyriens également, promesse des Anglais, non tenue qui s'est soldée par les massacres ignobles des Assyro-Chaldéens par les troupes irakiennes dans les années 30 et dont personne ne parle plus.Il est fort à parier que s'il y avait eu un état assyrien il se serait revendiqué de la culture assyro-chaldéenne, non arabe.

Il existe aussi une revendication copte non arabe et un projet de constituer un état copte dans le Saïd. Là aussi depuis les années 30 on entend le discours "nous ne sommes pas des Arabes, nous sommes des Coptes".
Ces revendications, appuyées on l'a vu, par les puissances coloniales toujours promptes à diviser pour mieux régner, a trouvé un écho dans les élites et la classe moyenne (naissante) des pays du Levant et de l'Egypte.

Après des siècles de tutelle islamique, avec des périodes humiliantes, durant lesquelles les chevaux étaient interdits aux chrétiens qui devaient monter des ânes, le port du vert était prohibé, les chrétiens devaient céder le passage face à un musulman etc., de massacres divers ( les plus marquants en 1840 et 1860), les chrétiens ont pu occuper un rôle publique flatteur dans la société coloniale, un rôle de DOMINANT, culturel et économique, sans complexe et sans peur. Les chrétiens ont ainsi voulu se démarquer et dire aux puissances européennes qui avaient mis en place un système de hiérarchie "regardez, nous ne sommes pas comme ce peuple inférieur, pas comme ces "Arabes", nous sommes différents et proches de vous, aimez nous!".
Une différence sociale s'est mise en place notamment entre une bourgeoisie urbaine, européanisée et chrétienne d'une part et un peuple de paysans ou de petits artisans musulmans d'autre part. Ceci bien sûr ne doit pas faire oublier qu'il existait des paysans chrétiens et des grands bourgeois musulmans!

C'est à ce moment qu'est apparue une volonté de différentiation (avec l'affirmation de son "occidentalisation" ou avec un lien revendiqué à une ascendance antique pré islamique) chez des chrétiens orientaux en mal de différentiation vis à vis d'un monde arabe dominé.
Mais parallèlement à cela, les mouvements nationalistes arabes se sont développés au début du 20e siècle, englobant aussi les chrétiens car officiellement "laïc" ou supra religieux. Du coup, certains chrétiens se sont trouvés pris en tenaille: faut-il revendiquer notre identité nationale "arabe" avec les musulmans ou faut-il clamer notre identité différente de non arabe chrétien??
Or, ce n'est un secret pour personne, les mouvements nationalistes arabes ont finalement rapidement échoué à porter un réel projet de société laïcisée qui aurait fait toute leur place aux chrétiens dans un contexte national et non colonial.

Pour reprendre le cas spécifique du Liban, le nationalisme arabe a surtout séduit les musulmans (et certains chrétiens, majoritairement grecs-orthodoxes) attirés par la réunification à une Grande Syrie, alors que les chrétiens (surtout les Maronites) craignaient de disparaître dans cette Syrie arabe. La presque guerre civile de 1958 en est un exemple flagrant.
D'où, pour faire simple, une réaction forte d'affirmation de "non arabité" par les partisans du Grand Liban indépendant.
Donc pour soutenir l'existence d'un pays du cèdre indépendant, on l'a pensé "non arabe" en opposition à la Grande Syrie, royaume des Arabes. Mais se définir comme "occidentalisé" ou pro-occidental (comme se sont définis les Syriens chrétiens en Egypte par exemple) ne pouvait pas suffir à un projet national au Proche-Orient, sinon au risque d'apparaître comme une tentative néocoloniale ou, pire, "croisée" et donc illégitime.

Les Libanais ne voulaient pas être un second Israël, il fallait asseoir la légitimité de cet état dans la région et revendiquer son ancrage ancien voire antique, donc le faire remonter à l'époque anté islamique.
Le rattachement historique aux royaumes de Phénicie a ainsi été fait par les chrétiens (particulièrement les Maronites) et porté comme idéologie pour définir une identité libanaise à part (depuis l'identité libanaise et ses spécificités ont été définies de manière plus riche et plus complète, en englobant toute l'histoire du Liban et de ses communautés et donc aussi les Musulmans, les Druzes etc.).

Pourtant, la filiation à la Phénicie antique revendiquée par les Maronites n'est pas forcément fondée sur une vérité historique, car la communauté adepte de St Maron provient à l'origine de Syrie (Antioche) et a trouvé refuge au Liban au Ve siècle fuyant les persécutions byzantines, c'est-à-dire bien après la disparition des royaumes phéniciens.
Si on veut aller plus loin, on peut dire que les "véritables" descendants des Phéniciens seraient plutôt les Sunnites et les Grecs-orthodoxes de la Côte (vieilles familles de Beyrouth, Jbeil/Byblos, Saida/Sidon etc.).

A rappeler également que les royaumes phéniciens s'étendaient sur la Côte syrienne et que donc les Syriens de Lattaquieh pourraient tout aussi légitement revendiquer cette filiation. Vérité qui dérange certainement les thèses de certains Libanais voulant opposer génétiquement le peuple libanais/phénicien aux Syriens/Arabes alors que les deux états se différentient surtout par leur projet politique et sociétal à chacun.

Des recherches scientifiques du généticien libanais Pierre Zalloua, basées sur des tests ADN prélevés sur un échantillon de Libanais et comparés à des prélèvements faits sur des dents de momie phénicienne tendent à prouver qu'au moins 50 % des Libanais vivaient déjà ici il y a 10 000 ans, qu'au moins 30 % sont descendants des Phéniciens, et ceci sans aucune distinction de religion; il n'y a en effet pas plus de Phéniciens chez les maronites qu'il y en a chez les musulmans par exemple. Ces tests ADN prouvent de plus qu'il y a autant de descendants de croisés chez les chiites que chez les maronites, ce qui tend a démonter le mythe de la spécificité historique maronite[21]. Wikipedia, 21= source http://www.caza-zgharta.com/archive/PZallouaa.htm [archive]

Pour conclure, la revendication de la "non arabité" s'est donc construite de deux manières:

- 1. Par une volonté d'assimilation sociale et culturelle au dominant européen:

Par exemple, en Egypte: on ne veut pas être assimilé au peuple arabe, à la plèbe, on est socialement différent et on veut être accepté comme modernes, civilisés.
C'est le cas des populations non arabes de fait comme les Arméniens, les Grecs, les Chypriotes, les Maltais, mais aussi les Syriens et Libanais chrétiens d'Egypte qui ont voulu pour certains oublier leur arabité culturelle ou du moins celle de leurs ancêtres qui quand ils sont arrivés en Egypte parlaient l'arabe de Damas, de Zahlé ou d'Alep comme langue maternelle. Les générations suivantes, éduquées dans les écoles chrétiennes francophones, ont parfois oublié d'apprendre l'arabe ou bien l'ont relégué au rang de langue utilitaire, qu'il "fallait bien parler pour se faire comprendre des domestiques, des employés etc".
Ce reniement de l'arabe ne fut pas le cas de tous les Chawam d'Egypte, bien sûr beaucoup continuaient à le dominer (en particulier les hommes), mais même si l'arabe était encore parlé couramment dans certaines familles, on pouvait constater une posture culturelle occidentalisée dominante.

- 2. Par volonté politique et idéologique:

Revendication d'un état bien à eux, pas aux autres (musulmans), et donc différent de la majorité englobante: les Arabes.
Cette volonté n'est pas basée sur une réalité génétique ou même historique mais sur la simple volonté des chrétiens voulant constituer un état: on peut penser au projet national du Liban au départ, mais aussi aux revendications des Assyriens après la Première Guerre Mondiale, ou de certains Coptes.

Enfin, aujourd'hui, alors que modèle politique issu du nationalisme arabe a clairement échoué. l'Islamisme a remplacé le nationalisme partout dans le monde arabe.
Or, l'Islamisme exclut les chrétiens.
La revendication de la "non arabité" se trouve encore plus légitimée et cette fois ci, plus seulement au Liban, d'autant plus que dans le monde "civilisé", "un Arabe" = musulman.
Les chrétiens ont donc tout intérêt à revendiquer de ne pas être arabe pour ne pas être assimilé à un monde vu comme barbare et menaçant.

Mais encore une fois, ce jeu est dangereux car il conduit à considérer les chrétiens comme des étrangers.
Or le christianisme et les chrétiens font partie intégrante du monde arabe et l'arabité est aussi chrétienne.

Alors être arabe ou ne pas être arabe? Telle est la question...