Le printemps arabe, printemps des chrétiens?

J'ai laissé passer un peu de temps avant de commenter les révolutions arabes. D'abord parce que celle de Tunisie (la révolution de jasmin) ne relevait pas du thème de ce site qui traite des chrétiens d'Orient. Quand la révolution égyptienne a éclaté, peu de temps après le massacre des Coptes à la St Sylvestre, j'ai préféré observer avec intérêt mais sans commentaire, car la grande question était et est encore de savoir ce que pourrait donner ce soulèvement, légitime, contre le régime vermoulu et corrompu de Hosni Moubarak. Après des décennies de déliquescence, de corruption, d'affairisme et de décadence islamisante, l'Egypte enfin semble relever la tête. Sa jeunesse, celle que l'on a qualifié de jeunesse "Facebook", essentiellement urbaine et issue des classes moyennes et bourgeoises a osé défier le pouvoir et initier un mouvement devenu populaire et tout simplement égyptien. Fierté retrouvée scandée avec joie dans les slogans ('Erfa3 ra'sak enta masri'/'Relève ta tête, tu es Egyptien'), amour de la patrie et volonté de construire une société plus juste, où chaque égyptien aurait pleinement sa place, nulle haine mais un désir ardent pour la liberté, voilà le visage de la révolution égyptienne, celle de la Place Tahrir. Les barbus, qui n'ont pas manqué d'essayer de récupérer le mouvement, ou tout du moins d'y trouver leur place, ont été marginalisés et jusqu'à aujourd'hui, les Frères musulmans ne sont pas les gagnants du changement de régime.
Reste à voir ce que donneront les élections de septembre et comment l'Egypte nouvelle se construira.
Restent des thèmes brûlants à traiter, comme modifier l'article 2 de la constitution égyptienne, qui fait de la Charia musulmane la principale source du droit égyptien.
Restent aussi tous les problèmes confessionnels qui empoisonnent les relations entre chrétiens et musulmans. Les tracasseries administratives imposées à la communauté copte sont nombreuses ne serait ce que pour faire construire une église ou même simplement la rénover.
Mais alors que ces questions restent en suspend, qu'advient-il aux chrétiens d'Egypte encore endeuillés de la tragédie de la St Sylvestre?
En mars, 13 personnes ont trouvé la mort dans des 'affrontements' entre chrétiens et musulmans. Ces affrontements sont en fait bien souvent des attaques contre les chrétiens par des fanatiques musulmans.
Hier, samedi 7 mai 2011, des églises ont été incendiées à Imbaba, quartier populaire du Caire, des 'affrontements' entre musulmans et chrétiens s'en sont suivis, car nouveauté depuis quelques mois, les chrétiens ne se laissent plus faire et répliquent aux attaques.
Derrière ces agressions on trouve toujours les mêmes justifications vaseuses, des femmes voulant se convertir à l'Islam "seraient séquestrées par les autorités religieuses coptes". La rumeur voudrait que ces femmes soient emprisonnées dans une des églises incendiées... drôle de réaction que d'incendier l'église ou seraient enfermées les postulantes à la l'Islam. Rappelons qu'en Egypte la conversion de chrétiens à l'Islam est permise mais que l'inverse est interdit par la loi.
Restent des thèmes brûlants à traiter, comme modifier l'article 2 de la constitution égyptienne, qui fait de la Charia musulmane la principale source du droit égyptien.
Restent aussi tous les problèmes confessionnels qui empoisonnent les relations entre chrétiens et musulmans. Les tracasseries administratives imposées à la communauté copte sont nombreuses ne serait ce que pour faire construire une église ou même simplement la rénover.
Mais alors que ces questions restent en suspend, qu'advient-il aux chrétiens d'Egypte encore endeuillés de la tragédie de la St Sylvestre?
En mars, 13 personnes ont trouvé la mort dans des 'affrontements' entre chrétiens et musulmans. Ces affrontements sont en fait bien souvent des attaques contre les chrétiens par des fanatiques musulmans.
Hier, samedi 7 mai 2011, des églises ont été incendiées à Imbaba, quartier populaire du Caire, des 'affrontements' entre musulmans et chrétiens s'en sont suivis, car nouveauté depuis quelques mois, les chrétiens ne se laissent plus faire et répliquent aux attaques.
Derrière ces agressions on trouve toujours les mêmes justifications vaseuses, des femmes voulant se convertir à l'Islam "seraient séquestrées par les autorités religieuses coptes". La rumeur voudrait que ces femmes soient emprisonnées dans une des églises incendiées... drôle de réaction que d'incendier l'église ou seraient enfermées les postulantes à la l'Islam. Rappelons qu'en Egypte la conversion de chrétiens à l'Islam est permise mais que l'inverse est interdit par la loi.
Non en vérité, les attaques anti-chrétiennes ne trouvent leur origine que dans la haine persistante d'extrémistes prêts à tout pour débarrasser l'Orient arabe de ses chrétiens.
On peut bien sûr y voir la main des anciens partisans de Moubarak, de l'Arabie Saoudite ou autre puissance étrangère cherchant à décrédibiliser la révolution...
On peut bien sûr y voir la main des anciens partisans de Moubarak, de l'Arabie Saoudite ou autre puissance étrangère cherchant à décrédibiliser la révolution...
Mais ces actes haineux ne décrédibilisent pas la révolution, puisqu'ils advenaient déjà sous le régime de Moubarak, et il arrivait même que la police prenne le parti des extrémistes au lieu de défendre les chrétiens attaqués.
La seule chose qui pourrait décridibiliser la révolution serait l'absence de réaction de la part des autorités et l'incapacité à envoyer des messages forts pour déclarer que tout Egyptien chrétien a les mêmes droits qu'un Egyptien musulman et que nul ne peut attaquer la communauté chrétienne sans attaquer l'Egypte et doit en conséquence être sévèrement puni.
Pour le moment le premier ministre a convoqué une réunion de crise et a renoncé à ses voyages officiels aux Emirats et au Bahrein, ce qui montre l'importance donnée à cet événement grave. Les autorités égyptiennes ont voulu envoyer un message clair: les attaques contre les lieux de culte seront punies et les criminels seront considérés comme nuisant à la stabilité du pays.
Mais au delà de ce tragique événement, la question qui se pose à nous est de savoir si le "printemps arabe" va également être celui des chrétiens?
Nous ne pouvons pas ignorer que la chute de Saddam Hussein a sonné le début de la fin pour les chrétiens d'Irak dont le nombre a chuté de moitié depuis 10 ans et qui subissent agressions après agressions: la plus spectaculaire fut hélas le massacre de la Toussaint à la cathédrale syriaque catholique de Bagdad.
Qu'en sera-t-il des Coptes? Bien sûr, la situation est bien différente, la révolution égyptienne a été faite par les Egyptiens et non par une intervention étrangère. Il n'y a pas de troupes américaines ou étrangères qui occupent le territoire, les Egyptiens sont maîtres de leur destin. Tout espoir est donc permis quant à l'évolution de la situation des Coptes, mais cela prendra du temps tant l'Egypte a été gangrénée par une islamisation rampante mais réelle et souvent haineuse de l'autre.
En Syrie, les événements prennent une toute autre tournure, le régime a choisi la répression et tente de mater l'une après l'autre les poches de rébellion, à Deraa, Bamias, Deir ez zor, Homs...
Là aussi la question de l'avenir des chrétiens de Syrie se pose. Qu'adviendra-t-il de cette communauté prospère et éduquée qui a été protégée par le régime des Alaouites, soucieux de s'appuyer sur les autres minorités face à la majorité sunnite?
La seule chose qui pourrait décridibiliser la révolution serait l'absence de réaction de la part des autorités et l'incapacité à envoyer des messages forts pour déclarer que tout Egyptien chrétien a les mêmes droits qu'un Egyptien musulman et que nul ne peut attaquer la communauté chrétienne sans attaquer l'Egypte et doit en conséquence être sévèrement puni.
Pour le moment le premier ministre a convoqué une réunion de crise et a renoncé à ses voyages officiels aux Emirats et au Bahrein, ce qui montre l'importance donnée à cet événement grave. Les autorités égyptiennes ont voulu envoyer un message clair: les attaques contre les lieux de culte seront punies et les criminels seront considérés comme nuisant à la stabilité du pays.
Mais au delà de ce tragique événement, la question qui se pose à nous est de savoir si le "printemps arabe" va également être celui des chrétiens?
Nous ne pouvons pas ignorer que la chute de Saddam Hussein a sonné le début de la fin pour les chrétiens d'Irak dont le nombre a chuté de moitié depuis 10 ans et qui subissent agressions après agressions: la plus spectaculaire fut hélas le massacre de la Toussaint à la cathédrale syriaque catholique de Bagdad.
Qu'en sera-t-il des Coptes? Bien sûr, la situation est bien différente, la révolution égyptienne a été faite par les Egyptiens et non par une intervention étrangère. Il n'y a pas de troupes américaines ou étrangères qui occupent le territoire, les Egyptiens sont maîtres de leur destin. Tout espoir est donc permis quant à l'évolution de la situation des Coptes, mais cela prendra du temps tant l'Egypte a été gangrénée par une islamisation rampante mais réelle et souvent haineuse de l'autre.
En Syrie, les événements prennent une toute autre tournure, le régime a choisi la répression et tente de mater l'une après l'autre les poches de rébellion, à Deraa, Bamias, Deir ez zor, Homs...
Là aussi la question de l'avenir des chrétiens de Syrie se pose. Qu'adviendra-t-il de cette communauté prospère et éduquée qui a été protégée par le régime des Alaouites, soucieux de s'appuyer sur les autres minorités face à la majorité sunnite?
Ce dimanche matin l'émission "Chrétiens d'Orient" sur France 2 traitait des chrétiens de Syrie, le thème étant la conversion de St Paul, le chemin de Damas. La communauté melkite y a été présentée en détails, on a vu le Patriarche Grégoire III lors d'une célébration au patriarcat à Damas entouré de jeunes rappeler que "el kenisa bala shabab, kenisa bala moustaqbal wa esh shabab bala kenisa shabab bala moustaqbal" ("une église sans jeunesse est une église sans avenir, une jeunesse sans église est une jeunesse sans avenir"). On a vu également les soeurs melkites de Bab Kissan prenant soin de jeunes en difficulté et de personnes âgées isolées. On a pu visiter aussi l'église syriaque St Ephrem à Sednaya, la ville araméenne de Maaloula etc., tout cela témoignant de cette communauté chrétienne syrienne vivante et active (et souvent francophone).
Mais qu'adviendra-t-il du petit million de chrétiens syriens si Bachar Al Assad tombe?
Ne peut-on pas craindre des affrontements communautaires entre sunnites et alaouites, druzes, Kurdes ... Que penser de certains slogans entendus dans les manifestations récemment "les Alaouites au tombeau, les chrétiens à Beyrouth!"...
Samir Frangié déclare dans le Nouvel Observateur "Chrétiens de Syrie, n'ayez pas peur de la révolution", on aimerait pouvoir le croire.
http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/05/05/chretiens-de-syrie-n-ayez-pas-peur-de-la-revolution
Espérons maintenant que le "printemps arabe" sera aussi celui des chrétiens et qu'ils trouveront toute leur place dans les nouvelles sociétés qui vont se construire.
Car le mouvement est en marche et rien ne pourra l'arrêter, et gardons à l'esprit que la principale revendication des peuples arabes est de connaître une liberté dont leurs pays ont été privés depuis maintenant trop longtemps.
Mais qu'adviendra-t-il du petit million de chrétiens syriens si Bachar Al Assad tombe?
Ne peut-on pas craindre des affrontements communautaires entre sunnites et alaouites, druzes, Kurdes ... Que penser de certains slogans entendus dans les manifestations récemment "les Alaouites au tombeau, les chrétiens à Beyrouth!"...
Samir Frangié déclare dans le Nouvel Observateur "Chrétiens de Syrie, n'ayez pas peur de la révolution", on aimerait pouvoir le croire.
http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/05/05/chretiens-de-syrie-n-ayez-pas-peur-de-la-revolution
Espérons maintenant que le "printemps arabe" sera aussi celui des chrétiens et qu'ils trouveront toute leur place dans les nouvelles sociétés qui vont se construire.
Car le mouvement est en marche et rien ne pourra l'arrêter, et gardons à l'esprit que la principale revendication des peuples arabes est de connaître une liberté dont leurs pays ont été privés depuis maintenant trop longtemps.
Les chrétiens doivent avoir toute leur place dans ce qui sera le nouveau Moyen-Orient, car ils ont été les artisans de la renaissance culturelle arabe, ils ont participé à l'essor du nationalisme arabe, puissent-ils aider à la naissance de la démocratie arabe.









